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Tunis - JCC : Rafiki, une histoire homosexuelle africaine presque naturelle

Jeudi 08 Novembre 2018 / Rafiki, une histoire homosexuelle africaine presque naturelle

C’était une fausse alerte. Le film continuait. Et déjà, les applaudissements des cinéphiles présents ce soir du 7 novembre, au cinéma Le Colisée sur l’avenue Habib Bourguiba de Tunis, levaient un coin de voile sur leur avis. ‘’Rafiki’’ de Wanuri Kahiu (Kenya) a plu et a été chaleureusement accueilli. Du moins, par ceux qui ont terminé la projection. Car durant le film, des spectateurs qui ne s’accommodaient pas avec certaines scènes (baisers entre deux femmes), se sont simplement retirés de la salle. « C’est un film osé. Il y a des scènes qu’on n’a pas l’habitude de voir chez nous. Des parents sont venus avec leurs enfants et ils ont pensé ne pas suivre des parties », tente de justifier un jeune étudiant qui a pourtant vu Rafiki jusqu’à la fin. « C’est une réalité universelle. En Tunisie, on rencontre des situations pareilles. De la façon qu’on accepte d’être hétéro, il faut qu’on accepte aussi les homo », soutient-il.

Rafiki raconte, sans préjugé, une histoire d’amour entre deux jeunes lycéennes à Nairobi. Le réalisateur amène son sujet de la façon la plus naturelle possible. Il conforte le cinéphile en insistant sur le décor, des scènes du quotidien. Les couleurs sont gais,  le film est joyeux. Une jeune fille aide et soutient sa mère qui accepte difficilement le départ de son mari. Des garçons papotent et jouent dans les rues. Une gérante de bistro et sa fille médisantes cherchent à savoir tout sur la vie des autres. Ziki et ses copines, très à  la mode, reprennent des ballets des stars féminines de la chanson dans le quartier. Wanuri Kahiu (c’est fait à dessein) va jusqu’à banaliser un rapport sexuel hétéro en pleine journée dans un coin d’escalier. Et le dialogue qui s’ensuit  lorsque les amoureux sont surpris par Kéna   (une des actrices principales) est effarant. « On a pas fini ! », souligne la jeune fille énervée à son amant. « On va terminer après », réplique le jeune homme.

Le contact entre Kéna et Ziki (les amoureuses) est tout aussi naturel. Un regard, un sourire, un premier mot, une attirance, un refus. Oui ! Le refus de la différence avec les autres, le rejet de ne pas être soi. Mais, il faut être Ziki, insouciante, ouverte pour vouloir faire des choses différemment des autres. Le réalisateur, avec tact, entraîne le public. Un pacte de la différence est adopté par les jeunes. Tout est fait avec élégance. Et la musique, qui est une ode à l’amour, accompagne chaque geste, chaque rire, chaque touchée. Sans surprise, les deux jeunes filles échangent un baiser, passent une nuit ensemble. L’image, là encore, est d’une beauté exceptionnelle. Une nuit pensée, des bougies allumées dans un nid d’amour (un fourgon abandonné), un cake surmonté d’une bougie, des caresses, des respirations, des soupirs, des gémissements. Une consommation de la nuit, un réveil difficile. En gros, une nuit naturelle entre amoureux.

Quand on regarde Rafiki, on n’a pas le temps de blâmer, de condamner. Tout semble se faire de soi, tout arrive de fait. Toutefois, être homosexuel en Afrique, n’a rien de normal aux yeux des populations. Un jeune homosexuel est la risée des amis de Kéna, le pasteur voit en cela une abomination et les voisins des amoureuses surprennent « deux jeunes filles collées comme des chiennes » alors que leurs parents sont opposés politiquement. Elles sont lynchées dans la rue, retenues en détention et Ziki reçoit une baffe de son père qui l’envoie continuer ses études à Londres.

Cependant, Rafiki a été conçu et soutenu pour être un bon film. Si tout se déroule au Kenya où le film a été censuré, six Etats (en majorité des pays européens et l’Afrique du Sud) ont porté et financé le projet. Rafiki a été produit par Steven Markowitz pour la société sud-africaine Big World Cinema, en coproduction avec les Kenyans d’Afrobubblegum, les Français de MPM Film, les Néerlandais de Rinkel Film, les Allemands de Razor Film Produktion, les Norvégiens d’Ape&Bjorn et les Libanais de Schortcut Films, avec le soutien de ACP-EU Support Programme, du CNC via l’aide aux cinémas du monde, du World Cinema Fund, du Netherlands Film Fund/Hubert Bals Fund, et de Sorfond.

La postproduction, la musique, les décors devaient prouver qu’être homosexuel n’a rien de contre-nature. Et en cela, Rafiki a atteint son but.



Sanou A à Tunis

Africactu.com


Source: Africactu.com

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