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Tunis - Représentation parallèle des JTC 2018 / Délestage : autopsie d’une société congolaise délestée

Mercredi 12 Décembre 2018 / Représentation parallèle des JTC 2018 / Délestage : autopsie d’une société congolaise délestée

Juste un câlin à un câble électrique nu qui traîne à Kinshasa, dont tout le monde s’en moque. Et, Nadège est carbonisée, sans que ça ne choque. Nadège, jeune élève, se souciant de la pitance quotidienne de la maisonnée, fait un petit commerce pour nourrir ses géniteurs et la fratrie. Cette histoire relatée avec amertume par David-Minor Ilunga, comédien, aurait pu être le nœud dramatique le plus élevé de la pièce ‘’Délestage’’, présentée ce 11 décembre à la salle Etoile du Nord de Tunis. Que non. Pour arriver à Kinshasa et vivre le quotidien des populations kinoises et leurs « kinoiseries », il fallait partir de Bruxelles, de la Belgique. Lien colonial, lien du cordon ombilical.

Une arrestation. Un silence. Un match de foot. Une voix, une parole. Dans une représentation à cheval entre le stand-up et le mono-théâtre, Ilunga joue, au début, trois rôles. De la voix menaçante et roque de Tom, à celle conciliante de Marcel et à la sienne teintée d’angoisse, le comédien compose sans se trahir.

Pourtant l’histoire semble vague et aller dans tous les sens, au départ. Comme un chemin serpenté, il relate la passion du foot qui unit les peuples à travers le monde. Il pénètre le quotidien des populations congolaises de Matonge, quartier populaire de la diaspora congolaise à Bruxelles. Il dénonce les effets de la colonisation belge au Congo. L’interprète passe en revue les attentats terroristes de Nice, de Charly Hebdo, en Belgique, car il est soupçonné de vouloir poser un tel acte.

La pièce devient une passerelle entre la Belgique où vit la plus forte communauté congolaise en Europe et le Congo. Ces immigrés qui travaillent comme des forcenés pour faire vivre au pays des familles devenus de véritables parasites.  Le Congo qu’il révèle est informé par la « radio trottoir » et régi par « l’article 15 » : « Débrouillez-vous ». Ainsi, la somme de dépits au quotidien constitue pour le comédien qui est l’auteur du texte, un Délestage. « C’est cette discontinuité qui a commencé par l’électricité et qui a continué avec les situations sociales du citoyen congolais que je ressors. On a des délestages de courant, de nourriture, d’eau, l’Etat qui déleste… », dénonce-il à la fin de la pièce.

Avec une mise en scène simple de Roland Mahauden, la pièce a une dimension linguistique originale. Dans un souci de compréhension mutuelle (entre les policiers et le suspect), le texte est exclusivement en français. Quand on évoque le quotidien des congolais, le niveau de langue change. Il est lingala-français. Toutefois, le comédien fait des efforts de traductions. A la fin de la pièce, l’artiste enchaîne plusieurs phrases en lingala sans se soucier, ni de la compréhension par les policiers, ni de celle du public.

L’incompréhension est aussi palpable à travers les échanges avec l’avocate qui lui a été commise.  A « madame », le comédien exprime sa volonté de rester au Congo et explique tout ce qu’un retour au « bled » peut comporter comme affront au pays. Mais le discours de celle qui doit le défendre est en déphasage avec ses aspirations. Pendant que lui plaide pour rester en Belgique, elle indique que l’issue est le rapatriement.

« A partir du moment où on a un dialogue avec une personne pour entrer dans son univers et qu’elle ne veut pas, il n’y a plus de dialogue. Parler le lingala pour moi à la fin, symbolise le retour », confie-t-il.  Seulement, que peut regretter un congolais obligé de rentrer chez lui ? Un peuple dont le cœur bat grâce à un optimisme exubérant  et qui a une foi sans faille à la vie.

La représentation, pour une meilleure compréhension, a besoin que le spectateur connaisse un peu la République démocratique du Congo (RDC). Son lien avec la Belgique. Sinon, et le comédien le montre bien, malgré le poids du quotidien, c’est un peuple qui vit. Et la chanson « La vie est belle » de Papa Wemba, est là pour le rappeler à la fin de la pièce. « Travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins… la vie est belle », chante l’artiste.



Sanou A.

Africactu.com


Source: Africactu.com

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