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Binyavanga Wainaina, « météorite » de la littérature africaine, est mort

Lundi 27 Mai 2019 / L’écrivain kényan Binyavanga Wainaina

L’écrivain kényan et militant de la cause homosexuelle en Afrique est décédé à l’âge de 48 ans. Il avait reçu le prestigieux prix Caine en 2002.

Disparu dans la nuit du 21 au 22 mai, l’écrivain Binyavanga Wainaina était né en 1971 à Nakuru, au Kenya, et y avait fait ses études secondaires. A 20 ans, il s’envole pour suivre des études de commerce, non pas au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, mais à l’université du Transkei, en Afrique du Sud. Un choix déterminant. « C’est en Afrique du Sud que je suis devenu africain. J’y ai appris la valeur de l’engagement politique », témoignera-t-il. Le temps de publier quelques récits de voyage mettant en vedette la cuisine africaine et le voilà de retour dans son pays, qui sort d’une longue léthargie politique et sociale.

De ce retour, il tire une nouvelle, Discovering Home, qui gagne le prestigieux prix Caine en juin 2002. Avec quelques amis, Binyavanga Wainaina lance en 2003 la revue Kwani aussitôt mue en structure éditoriale et laboratoire d’idées, Kwani Trust. De cette pépinière sont sortis des écrivains confirmés à l’instar de Billy Kahora et Yvonne Adhiambo Owuor. Suit une décennie faste pour le prodige kényan tissant autant des liens physiques que symboliques entre le Kenya, l’Afrique et le reste du monde. De cette période date notre amitié qui a eu pour théâtre les coulisses des festivals, de Berlin à Boston en passant par Mombasa, Ferrare ou encore le pays de Nelson Mandela et de Trevor Noah.

Fringale de vie

Binyavanga Wainaina était une météorite. Une météorite qui, on le sait, ne laissait jamais d’adresse. Binjy pour les uns, Binya pour les autres, nombreux étaient ses amis de tous les continents et toutes les conditions. L’homme avait le physique d’un ours aimant, et aimé en retour. Rond, jovial, les yeux brillants, un verre et une cigarette à portée de main, Binyavanga Wainaina avait une fringale de vie inouïe. Généreux, entier et caustique, il ne détestait ni les polémiques ni les coups d’éclat pour faire entendre son point de vue. Il avait surtout un talent fou pour attraper les lecteurs. Un style qui était reconnaissable dès la première phrase, excellant dans le récit subjectif, court et tonique. Son premier ouvrage à caractère autobiographique, One Day I Will Write About This Place, longtemps annoncé, est finalement sorti en 2011. Cependant, c’est son court et provoquant essai Comment écrire sur l’Afrique publié dans la revue londonienne Granta en 2005, traduit en une multitude de langues, qui le fit connaître du grand public international.

Enseignants, journalistes et scénaristes utilisent ce brûlot qui agit sur les clichés et les idées reçues comme l’acide sur l’épiderme. Citons le premier paragraphe pour donner envie : « Comment écrire sur l’Afrique : employez toujours le mot “Afrique” ou “obscurité” ou “safari” pour votre titre. Les sous-titres pourront inclure des mots comme “Zanzibar”, “Massai’“ “Zambèze”, “Congo “, “Nil”, “gros”, “ciel”, “ombre”, “tambour”, “soleil” ou “passé”. Il y a aussi des mots utiles tels “guérillas”, “éternel”, “primordial” et “tribal”. A noter que “peuple” signifie les Africains qui ne sont pas noirs, alors que “les peuples” désigne “les Africains noirs”. Pas d’image d’Africain en règle sur la couverture de votre livre ou à l’intérieur, à moins que cet Africain ait gagné le prix Nobel. Un AK-47, des taquineries, des seins nus, voilà ce que vous devez utiliser… »


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