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Madagascar - La danse et la musique se vivent avant de s’apprendre

Mardi 10 Mars 2020 / long-métrage, « Haingosoa »

A travers son premier long-métrage, « Haingosoa », en salles depuis le 4 mars, le réalisateur Edouard Joubeaud a voulu « révéler ce qu’il y a de beau dans ce pays ».

Avec son premier long-métrage, Haingosoa (sortie le 4 mars), Edouard Joubeaud suit le parcours d’une fille-mère malgache. Sans le sou, elle doit temporairement laisser son enfant pour intégrer une compagnie de danse et gagner un peu d’argent à la capitale, Antananarivo. Un film à la frontière entre documentaire et fiction, d’une grande douceur, et dans lequel les pratiques artistiques et la transmission jouent un rôle primordial.

D’où vous vient ce goût pour Madagascar ?


J’y ai mené des projets de développement avec l’Unesco. J’ai découvert un pays fascinant, d’une grande richesse. J’y ai appris énormément, sur moi et sur la France. Ça a toujours été un pays de cœur. A travers Haingosoa, j’ai fait se rencontrer des gens que j’ai croisés lors de mes séjours, des personnes qui évoluent dans les milieux de la musique ou de la danse. J’ai eu un plaisir fou à raconter une histoire pour révéler ce qu’il y a de beau dans ce pays.

Haingosoa est parti d’un court-métrage. Comment le film s’est-il étoffé ?


Cela fait une dizaine d’années que je suis le danseur et musicien de renommée internationale Remanindry dans le sud-ouest de Madagascar. Je me suis lié d’amitié avec sa famille. Un jour, lors d’une de mes visites, j’ai été interpellé par une de ses filles, Haingosoa Loharano Vola. Elle avait une petite fille de 2 ans dans ses bras. Elle m’a raconté qu’elle l’avait eue avec son ancien copain, qu’elle avait dû garder l’enfant sous la pression familiale et que son petit ami d’alors n’a pas voulu la reconnaître. Je me suis dit que cela pouvait faire le point de départ d’un court-métrage qui montrerait comment s’inventer un avenir meilleur.


De retour en France, j’ai constitué une petite équipe avec qui nous sommes partis en tournage à Madagascar en 2017. A la fin de cette session, on a abouti, non pas à un court-métrage, mais à l’introduction d’un long-métrage. Je suis donc rentré en France avec plein de promesses ! On a remobilisé des fonds et on est retourné à Madagascar en 2018 pour un deuxième tournage.


Comment vous êtes-vous détaché du matériau réel pour en faire une fiction ?


J’ai fait quelques documentaires, j’aime beaucoup cette approche. En proposant à Haingosoa Loharano Vola une trajectoire positive, j’ai scénarisé le matériau, même si la frontière est très ténue. En faisant jouer Haingosoa, on tire les ficelles du réel. On a travaillé un personnage qui porte le même nom qu’une personne, il fallait donc la mettre en confiance.

La question de la transmission se perçoit à plusieurs niveaux dans le film : entre générations, au sein même d’une génération…


Effectivement. Par exemple, quand Haingosoa décide de partir à Antananarivo, sa mère lui donne une vièle, un instrument à trois cordes, qui est une relique familiale. Le film souligne qu’une transmission est possible, qu’on peut s’accommoder de ce qu’on nous a légué, même quand c’est un peu lourd, à condition qu’on puisse l’adapter.


Il y a également une transmission entre cultures. C’est un choix un peu provocateur de ma part : Haingosoa fait partie d’une des communautés les moins bien considérées à Madagascar. Dans le film, je la fais venir dans la capitale et rencontrer des personnages qui la considèrent comme leur égale. C’est une façon de montrer qu’il y a toujours la possibilité de faire de belles choses dès lors qu’il y a du respect mutuel.

Et qu’en est-il de la transmission artistique et culturelle ?


Le film est révélateur de la manière dont, à Madagascar, la musique et la danse se transmettent au sein de la famille et de la communauté. Elles se vivent avant de s’apprendre. La pratique artistique n’y est pas institutionnalisée.

Il se dégage du film une grande tendresse envers chacun des personnages…


J’ai essayé d’être au niveau de leur regard, j’ai choisi des points de vue qui les valorisent. J’ai voulu adopter un regard bienveillant. Je les filme dans leur contexte rugueux, mais sans en faire une fresque sociale. Même si Haingosoa est représentatif du parcours de certaines filles-mères à Madagascar, ce n’est pas une œuvre qui a comme sujet la société malgache d’aujourd’hui.


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