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Après-Covid-19 : l'artisanat africain, outil de relance économique inclusive

Mercredi 13 Mai 2020 / l'artisanat africain, outil de relance économique inclusive

Les crises autour du Covid-19 devraient conduire à repenser les stratégies d'investissement post-crise pour une reprise solide et socialement inclusive.

En ces temps difficiles d'épidémie et de crise économique mondiale, les appels se multiplient pour venir en aide à l'Afrique et penser la période d'après-crise. Ainsi, le milliardaire Jack Ma a déclaré que « le monde ne pouvait pas supporter les conséquences désastreuses d'une épidémie de Covid-19 en Afrique »[1]. De son côté, le président Emmanuel Macron plaide pour une annulation de la dette africaine. S'il est important de donner la priorité à l'aide sanitaire pour répondre aux besoins actuels des États africains, il convient de ne pas sous-estimer le fort impact économique ainsi que la dégradation sociale et la pression migratoire qui risquent d'en découler. Cela devrait pousser les gouvernements, les investisseurs privés et en particulier les agences de développement internationales à repenser leurs stratégies d'investissement post-crise pour assurer une reprise solide et socialement inclusive tout en tirant les leçons des manquements des décennies passées.

Alors que l'investissement direct étranger avait plus que quintuplé entre 2000 et 2018[2], les retours en termes de création d'emplois sont restés en deçà des espérances. Une bonne partie des moyens financiers a été mobilisée dans des secteurs importants mais gourmands en capital et dont le potentiel de croissance inclusive est limité, comme les projets d'infrastructure ou ceux de l'exploitation des matières premières dépendant de facteurs exogènes, l'évolution des cours sur les marchés internationaux, par exemple.

Redécouvrir la dimension inclusive de l'artisanat

Pourtant, les pays africains regorgent d'une richesse largement sous-exploitée, celle d'une multitude de métiers d'artisanat dont les acteurs sont fortement impliqués dans le tissu économique local. La production d'un tapis en laine au Maroc, en mohair à Madagascar, ou d'un tissu bogolan en coton au Mali, mobilise des agriculteurs, bergers, filateurs, teinturiers et tisserands. L'artisan fait donc souvent partie d'un réseau imbriqué de travailleurs indépendants qu'il conviendrait de cibler en premier dans toute politique de développement économique et social. Ceci d'autant qu'une partie des savoir-faire est le monopole de femmes qui jouent également le rôle d'éducatrices au sein de leurs familles, ouvrant la voie à la mobilité sociale des jeunes générations.

L'artisanat représente une part considérable des économies africaines (15 % du PIB en Côte d'Ivoire, 8 à 10 % au Sénégal)[3] mais la filière reste largement déstructurée : au Maroc, où elle emploie plus d'un million de personnes, 95 % du chiffre d'affaires total est réalisé par des mono-artisans[4]. Bien qu'il y ait eu plusieurs tentatives pour accompagner le développement du secteur, il s'agit souvent de petits projets associatifs dont le but est d'apporter une assistance technique et matérielle à la production alors que les vrais enjeux sont ceux de l'organisation du travail, de l'innovation et de l'adaptation de l'offre des artisans, en termes de matières, couleurs, motifs, tailles, etc., à la demande locale et internationale.

Prendre conscience de son potentiel commercial et industriel

Les nouvelles habitudes de consommation en Europe et aux États-Unis représentent une réelle opportunité pour ce secteur. Les consommateurs privilégient désormais l'authenticité, la durabilité et l'écoresponsabilité des produits. Ils imposent aussi une transparence totale sur l'ensemble de la chaîne de valeur, du dessin et la création à la vente en passant par la fabrication. Cette évolution, qui prendra sans doute plus d'importance dans le monde de l'après-crise, est une chance pour les artisans dépositaires de savoir-faire millénaires qui réussiront à adapter leur offre. Elle peut devenir, à terme, le moteur d'une transformation rapide du secteur de l'artisanat, et de l'économie in fine, si l'effort d'investissement public ainsi que celui des organisations internationales est orienté vers la création des conditions d'une adaptabilité permanente de l'offre. Cet engagement doit servir en priorité à accompagner les entrepreneurs porteurs de projets d'artisanat, et à former les jeunes africains dans les métiers de la création et du design, de la production et de la commercialisation.

L'objectif est de poser les fondations d'une industrialisation de la filière artisanale pour la rendre plus attractive auprès des investisseurs privés à l'instar de ce qui a été réussi en Italie du Nord et au Japon. Les entrepreneurs locaux, qui ont pour certains étudié en Europe, peuvent constituer le fer de lance d'une telle stratégie. Ils sont le maillon manquant entre les différentes parties prenantes et le tissu économique local.


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