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Afrique - Gestion du pouvoir d’Etat, prévention et règlement des conflits : Essy Amara livre le secret de Houphouët-Boigny

Mercredi 11 Avril 2018 / Le président Essy Amara

La 7ème session du Think-thank dénommé ‘’Les Grandes conférences royales’’ de l’Université Charles Louis de…Montesquieu, s’est tenue le mercredi 04 avril 2018, dans les locaux de ladite institution à Abidjan- Cocody-Mermoz. Ce cadre de réflexion académique – fleuron d’une Côte d’Ivoire de valeurs et d’éthique – a reçu l’homme politique et diplomate ivoirien Essy Amara, qui a animé une conférence sur le thème : ‘’La Côte d’Ivoire : naissance et rôle dans les Relations Internationales’’.

DE L’ETAT ET DE LA NATION

Le président Essy Amara n’a pas manqué de rappeler le rôle prépondérant de la Côte d’Ivoire sur l’échiquier international, singulièrement en Afrique. Parler de la présence de la Côte d’Ivoire dans les Relations Internationales reviendrait, selon lui, à se pencher sur l’influence de Félix Houphouët-Boigny, père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne sur le continent africain et au niveau international. Le conférencier a révélé que le secret de Félix Houphouët-Boigny est sa volonté de créer une coexistence pacifique entre les différents peuples, sa volonté de l’intégration des Etats et son leadership dans la sous-région. Il réside aussi, souligne-t-il, dans une leçon à lui enseignée par le président Charles De Gaulle à savoir : créer un Etat et une Nation. « (…) Aujourd’hui, vous allez pour prendre la tête d’un nouvel Etat. En tant que votre aîné, je vous donne un conseil, pour moi le plus important. Il faut d’abord créer un Etat et une Nation. Que cela soit votre préoccupation. En France, il y a des personnes de divers horizons, nous avons pu créer un Etat avec des valeurs et de grands commis de l’Etat… », a conseillé le Général De Gaulle. Pour Essy Amara, c’est cette leçon qui a conduit toutes les actions de Houphouët-Boigny : créer absolument un Etat, avec des règles et des valeurs. « C’est la raison pour laquelle le président Houphouët-Boigny  est revenu au pays avec de grands commis de l’Etat comme Guy Nairay pour créer un Etat avec des valeurs. Ils ont tellement réussi que les textes administratifs de la Côte d’Ivoire étaient des textes de référence en Afrique francophone. A Madagascar, j’ai trouvé des textes ivoiriens. C’étaient des textes bien finis. On est parti sur des bases saines pour créer un Etat. De tout temps, c’était la vocation de Houphouët-Boigny de créer un Etat et une Nation », s’est félicité le conférencier, président de la 49è session de l’Assemblée Générale des Nations Unies.

LE CONSEIL DE L’ENTENTE : UN INSTRUMENT ÉCONOMIQUE DE HOUPHOUËT-BOIGNY POUR LE DEVELOPPEMENT

Pour Essy Amara, la préoccupation des Etats africains se résumait à la possibilité de former un Etat et une Nation. Le 26 mai 1959, Houphouët-Boigny avait conçu le Conseil de l’Entente qui regroupait cinq (5) pays à savoir la Côte d’Ivoire, le Togo, le Niger, le Burkina Faso et le Bénin. Essy Amara soutient que Houphouët-Boigny  avait compris que pour faire son combat politique, il aurait besoin d’un ensemble sous-régional puissant économiquement. Le Conseil de l’Entente, dit-il, est la plus vieille organisation de la sous-région africaine d’avant les indépendances. « C’est un exemple de la capacité des Africains à se prendre en charge basé sur la solidarité. En 1973, ils avaient créé un fonds du Conseil de l’Entente alimenté par les cotisations des Etats membres. Comme la Côte d’Ivoire était le pays le plus prospère, elle payait 500 millions francs CFA par an, quand les quatre autres, Togo, Bénin, Niger et Burkina Faso payaient 15 millions  francs CFA chacun annuellement. Le capital était domicilié au crédit Suisse. Ce fonds permettait aux Etats qui n’avaient absolument rien comme le Togo, le Burkina Faso et le Niger d’avoir un financement extérieur sur la garantie de ce fonds. En plus, la création d’une cité du Conseil de l’Entente dans les pays membres » a-t-il presenté.

LA VOLONTE DE RESOLUTION DU CONFLIT LIBERIEN QUI ABOUTIT A LA CREATION DE LA CEDEAO

La CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), révèle le président Essy Amara, a été conçue par Houphouët-Boigny à la suite d’un constat alors qu’il exerçait en tant que médecin à Guiglo (Ndlr : région du Cavally). Le président Houphouët-Boigny  s’est rendu compte que les peuples en Afrique sont les mêmes et ce sont les frontières posées par l’action coloniale qui les ont séparés.  «Houphouët-Boigny s’est rendu compte qu’à Guiglo, les Guéré avaient leurs cousins à 500 mètres. On les appelle les Krahn et les Yacouba les leurs sont les Guéo. Le président Samuel Doé qui a fait le coup d’Etat au Liberia, est un Ivoirien cent pour cent parce que son village est en Côte d’Ivoire. De temps en temps, il traversait la frontière avec ses soldats pour venir rester trois jours dans son village. A tel enseigne que lorsque j’étais ambassadeur à New York, le président Houphouët-Boigny m’a appelé pour me dire qu’il faut voir Doé qui est à New York pour lui dire que nous sommes très heureux de savoir que c’est un Ivoirien qui est président au Liberia. S’il veut venir en Côte d’Ivoire, il faut qu’il nous informe 24 heures avant. Parce que si quelque chose lui arrive dans son village, on est responsable sur le plan international » a confié Essy Amara. A en croire celui-ci, c’est la raison pour laquelle Houphouët-Boigny s’est résolument impliqué dans la résolution du conflit libérien. Notamment avec les quatre accords de Yamoussoukro sur le Liberia. « La Côte d’Ivoire avait intérêt que la paix revienne au Liberia sinon cela nous contaminerait », précise-t-il. Et d’ajouter : « c’est l’expérience du Liberia qui a fait penser au président Houphouët-Boigny qu’on doit transcender les barrières linguistiques pour régler les conflits. Il fallait transcender les barrières francophones pour englober nos frères anglophones. Certains chefs d’Etat comme le président sénégalais Senghor ont refusé cette idée parce qu’ils soutenaient que les anglophones n’ont pas la même culture que les francophones ». Pour lui, cette réticence de certains de ses paires n’a en rien déstabilisé Houphouët-Boigny. Convaincu de son initiative, il a adressé des correspondances aux différents chefs d’Etat pour leur demander de transcender les barrières linguistiques. L’opiniâtreté et la détermination de Houphouët-Boigny finiront par avoir raison des appréhensions de ces chefs d’Etat et donner par la suite naissance à la CEDEAO. « La CEDEAO, c’est la Côte d’Ivoire qui l’a créée contre vents et marées. C’est une affaire de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, elle est considérée comme l’organisation la plus réussie de toute la stratégie que l’U.A (Union Africaine) a mise en place pour l’intégration », s’est-il rejoui.

LE PANAFRICANISME : UN CONCEPT DES AFRO-AMERICAINS EN QUETE D’UN RETOUR EN AFRIQUE

Au cours de cette conférence, l’ancien président intérimaire de la Commission de l’Union Africaine a profité de l’aubaine pour apporter un éclairage sur la notion du panafricanisme et lever ainsi tout équivoque. Essy Amara a défini le concept de panafricanisme comme étant né de la volonté des Noirs Américains, des Africains arrachés à l’Afrique pour être dispatchés en Amérique et dans les îles de revenir sur le continent de leurs aïeuls.  Avec le Gospel et d’autres chants lyrics, ils ont nourri ce retour en Afrique. Ce mouvement a été suivi par des étudiants et des intellectuels africains.

Si par moment, le président Essy Amara a dit « s’est rendu compte qu’il y a des coups d’Etat qui était positif en Afrique, en parlant de la Sierra Leone avec le Premier ministre Siaka Stevens (1967)», le président de séance Francis Vangah Wodié a réfuté l’idée d’adouber un coup d’Etat quelles qu’en soient les motivations. « Nous devons faire en sorte que les rebellions et les coups d’Etat ne se justifient pas. Notre rôle est de faire en sorte qu’il n’est pas de coups d’Etat et de contre coups d’Etat », a interpelé l’homme politique et universitaire ivoirien, Francis Wodié. Cette rencontre d’intellectuels, de journalistes et d’étudiants a enregistré la présence du président du MFA, Anaky Kobenan. La 8ème session de ‘’Les Grands conférences royales’’ recevra le Général Gaston Ouassénan Koné, homme politique et romancier ivoirien. Il communiquera sur le thème ‘‘Culture africaine : culture de (la) paix et sécurité sociale’’.

Patrick KROU



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Source: Africactu.com

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