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RDC - Comment Ebola est devenu une maladie politique

Vendredi 15 Mars 2019 / Centres de traitement contre le virus Ebola à Butembo, dans la province du Nord-Kivu, en RDC.

A Beni et Butembo, dans le Nord-Kivu, la lutte contre l’épidémie se heurte à la défiance des habitants, nourrie par les reports d’élections et le coût de la réponse sanitaire.

Depuis fin février, Butembo est plongé dans un scénario effroyable. A quatre jours d’intervalle, le 23 et le 27 février, deux centres de traitement contre le virus Ebola ont été attaqués par des groupes armés non identifiés. Les malades soignés dans les centres de cette ville de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), à quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec l’Ouganda, ont fui pour trouver refuge ailleurs.

Désormais, une partie de la population se terre pour éviter la contamination, tandis que d’autres estiment avoir « expulsé » le virus de la ville en attaquant les ONG qui luttaient contre. A mesure que les malades sont retrouvés et installés dans des centres reconstruits à la va-vite, la panique laisse peu à peu place à une question qui tourmente autant les acteurs locaux qu’internationaux engagés dans la lutte contre Ebola : comment en est-on arrivé là ?

Tout a commencé en août 2018 lorsque la dixième épidémie d’Ebola s’est déclarée à l’est de la RDC, une semaine seulement après que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) eut annoncé la fin de la neuvième, qui sévissait dans la province de l’Equateur, à 2 500 kilomètres de là, plus à l’ouest. Au cours des premiers mois, le virus est resté confiné à la ville de Beni et ses environs, à cinquante kilomètres de Butembo. Puis il s’est propagé, transformant Butembo en nouvel épicentre de l’épidémie. En huit mois, 907 cas ont été signalés et 569 personnes sont mortes, selon Médecins sans frontières (MSF).

Accents complotistes

Concentrée sur l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 attendue depuis deux ans, la province du Nord-Kivu n’a pas pris la juste mesure du danger. « Beaucoup de rumeurs et de fausses informations ont commencé à circuler et la sensibilisation au virus Ebola s’est faite dans ce cadre pré-électoral délicat », observe Richard (le prénom a été modifié), un commerçant de la ville, qui note cependant qu’entre le mois d’août et la fin décembre, les populations étaient « plutôt réceptives aux programmes de sensibilisation ».

Puis le 26 décembre 2018, quatre jours avant le scrutin, la Commission nationale électorale indépendante (CENI) a annoncé que les habitants des villes de Butembo et de Beni ne pourraient pas voter à cause, entre autres, de la « persistance de l’épidémie à virus Ebola qui continue de sévir dangereusement ». Les élections législatives et provinciales étaient donc reportées, pour ces villes, au 31 mars. Et l’élection présidentielle tout simplement annulée.

« Ebola, un vrai business »

Sylvain Kanyamanda, le maire de la ville de Butembo, est d’ailleurs persuadé que le sentiment d’abandon de la province du Nord-Kivu, qui n’a connu que des conflits plus ou moins larvés depuis la première guerre du Congo (1996-1997), est instrumentalisé par des groupes armés à des fins politiques et financières. La lutte contre le virus Ebola en a aussi fait les frais. Il en veut pour preuve les attaques des deux centres de traitement dont il a attribué les attaques aux Maï-Maï, ces groupes d’autodéfense qui se sont multipliés à l’est de la RDC et qui offrent régulièrement leurs services à des personnalités locales. « Un politicien qui tiendrait à ce que la CENI reporte encore ou annule l’élection ne s’y prendrait pas autrement. En brûlant des centres de santé, il sème la pagaille à l’Est et nourrit un sentiment anti-riposte à Ebola auprès des populations. », a-t-il confié au Monde Afrique.

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Source: LeMonde

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