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Cameroun - 2 start-up au secours de la « pénurie de sang » dans les hôpitaux

Jeudi 16 Mai 2019 / Cameroun - 2 start-up au secours de la « pénurie de sang » dans les hôpitaux

Entre ses mains aux ongles vernis, Philomène tient une photo aux extrémités mangées par la moisissure. Une femme vêtue d’une longue robe de soie jaune y sourit à l’objectif. « Ma mère chérie. Morte en janvier 2015. Un accident de voiture et il n’y avait pas de sang à lui transfuser », explique, la voix enrouée, cette jeune cadre dans la microfinance. En pleurs, elle se lève du canapé dans son salon de la Cité verte à Yaoundé, capitale du Cameroun, pour aller vers les photos qui tapissent le mur. « On aurait pu la sauver. Mais la banque de sang de l’hôpital était désespérément vide », poursuit avec colère, Ange, son petit frère.

Selon les statistiques du Programme national de transfusion sanguine (PNTS), les besoins annuels du Cameroun sont estimés à 400 000 poches de sang pour l’ensemble du pays. En 2018, 94 873 ont été collectées, contre 91 047 en 2017 et 82 661 en 2016. Dans le sud, où les besoins sont évalués à 13 096 poches, seules 767 avaient été recueillies en 2018, soit 5,86 % de ce qui serait nécessaire. Les journaux parlent « de pénurie de sang », voire de « crise du sang », mais le problème est plus profond.

D’après une étude sociologique réalisée en 2017 par la Société française de transfusion sanguine en collaboration avec le PNTS, plusieurs freins expliquent cette situation : le manque de volonté politique, d’abord ; l’ignorance du public en matière de don de sang, ensuite ; et enfin les barrières culturelles et religieuses. Ces trois freins créent une situation catastrophique. « “Si je donne mon sang, je vais transmettre des péchés”. Voilà ce qu’on entend dans certaines zones, se désole Appolonie Noah Owona, médecin et secrétaire permanente du PNTS. Ou encore : “On va se livrer à des pratiques ésotériques avec mon sang”. » Face à cette large désinformation, deux start-up ont décidé d’agir.

Connecter donneurs et patients

D’abord, ce sont des adolescentes qui se sont lancées. En décembre 2018, quatre collégiennes de la classe de 4e du Quality International School de Yaoundé ont développé Hemo (tiré du mot « hémoglobine »), une application en anglais pour Android, téléchargeable sur Playstore, qui met directement en relation patients et donneurs. Le procédé est simple : un potentiel donneur s’inscrit sur l’application en entrant son identité, son groupe sanguin, ses coordonnées précises.

Un patient dans le besoin peut se rendre dans la rubrique « recherche de donneurs », y entrer sa localisation et le groupe sanguin désiré. Ensuite, il ne lui reste qu’à choisir le donneur et à le contacter. Si, pour l’instant, ce choix butte sur le nombre limité d’inscrits – une trentaine de donneurs enregistrés, repartis entre Douala, Yaoundé, Dschang et Nanga-Eboko –, il se heurte aussi au système payant de la transfusion.

Officiellement, le prix d’une poche varie entre 15 000 francs CFA et 25 000 francs CFA (22,90 euros et 38,10 euros), mais, selon quatre patients et garde-malades contactés par Le Monde Afrique, dans les hôpitaux, les prix sont bien supérieurs à ce barème et peuvent atteindre 100 000 francs CFA la poche en fonction des spécificités du sang requises. « Mon mari était malade et avait besoin de sang, raconte Aline, au chevet de son époux, à Yaoundé. A l’hôpital, on nous a demandé de venir avec au moins deux donneurs. Et, bien que nous en ayons amené quatre, nous avons dû régler plus de 20 000 francs CFA pour obtenir une poche », poursuit la jeune femme.

« Même à l’article de la mort, sans donneur, pas de sang », regrette Flore qui a échappé de peu au pire après un accident de moto à Douala, la capitale économique. L’objectif de l’application est donc de changer ce système en permettant aux patients de gagner du temps et de l’argent en ayant directement accès aux donneurs. « On veut surtout sauver des vies et faire comprendre aux donneurs qu’ils sont des héros », explique Joyce Lesley Forkou Djuiko, 15 ans, l’une des fondatrices d’Hemo.


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Source: Lemonde

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