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Ghana - Le médecin consulte avec son téléphone

Vendredi 08 Novembre 2019 / Au Ghana, le médecin consulte avec son téléphone

La société d’assurance suédoise Bima offre depuis 2015 un service de télémédecine dans ce pays qui pâtit d’une sévère pénurie de praticiens.

Dans son box, casque téléphonique vissé sur la tête, Michael Boateng ressemble à un démarcheur. « Depuis combien de temps saignez-vous abondamment ? », demande-t-il à son interlocuteur au bout du fil. Le trentenaire est en réalité médecin et salarié depuis deux ans et demi de l’entreprise Bima. La société suédoise, à l’origine spécialisée dans la fourniture de solutions d’assurance abordables dans les pays en voie de développement, s’est lancée dans la télémédecine en 2015 au Ghana.


« Beaucoup de Ghanéens vivent de l’économie informelle dans l’artisanat, la vente de détail ou le travail journalier. S’ils doivent s’absenter pour aller chez le médecin, c’est une journée perdue pour eux », souligne le Français Damien Gueroult, directeur de Bima au Ghana. En plus, dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, il peut être difficile de trouver un praticien. Selon les données du service ghanéen de la santé, il y avait en 2017 un docteur pour 8 437 personnes et un infirmier pour 627 habitants. « La situation est encore plus compliquée dans les zones rurales, où les patients doivent voyager pour trouver un docteur, poursuit Damien Gueroult. La télémédecine peut se développer car l’immense majorité de la population dispose d’un téléphone portable. »

Plusieurs acteurs se sont lancés sur le marché de la télémédecine. Dès 2011, la fondation Novartis a lancé un centre pilote dans le district d’Amansie, dans la région ashanti située au nord de la capitale Accra. Quelque 35 000 personnes ont été couvertes par le dispositif. Depuis 2018, le ministère de la santé ghanéen a repris la gestion de ce centre. Les autorités du pays espèrent dans les années à venir pouvoir généraliser la couverture à l’ensemble du territoire.

Bima assure aujourd’hui quelque 4 millions de personnes dans ce pays qui compte 30 millions d’habitants. La majorité des assurés sont âgés de moins de 50 ans et se trouvent dans les grandes villes du pays, comme Accra, Kumasi ou Takoradi, même si la société assure servir beaucoup de gens dans les campagnes. Ses couvertures santé, dont les coûts varient entre 2 et 10 cedis par mois (entre 30 centimes et 1,5 euro), permettent de couvrir d’éventuels frais d’hospitalisation et d’avoir accès au service de télémédecine.


Quelque 350 appels chaque jour

« Nous avons aujourd’hui 29 docteurs et 19 infirmiers et nous recevons environ 350 appels chaque jour, décrit le docteur David Yaoga Sunu, médecin en chef. Quand l’un de nos clients joint le service sur notre ligne gratuite, il est mis en relation avec une infirmière, qui peut transmettre la conversation à un médecin si la situation l’exige. » Les cas de malaria, de choléra ou de fièvre typhoïde sont les principales pathologies qui poussent les patients à contacter le service. « Dans 80 % des cas, nous pouvons répondre à la situation, mais le reste du temps nous devons renvoyer la personne vers un centre de soins approprié », poursuit David Yaoga Sunu.


Si des tests sanguins sont nécessaires, les patients sont dirigés vers des laboratoires partenaires. Les résultats sont envoyés aux médecins de Bima qui rappellent ensuite les patients pour les décrypter. Les ordonnances sont transmises par SMS.

Chez Bima, les médecins doivent justifier d’au moins deux ans d’expérience. Autre prérequis : la langue. « Tous nos praticiens parlent twi, la langue la plus répandue dans le pays, mais nous en avons aussi qui échangent en éwé et en ga pour pouvoir se faire comprendre du plus grand nombre », détaille David Yaoga Sunu.


Après plusieurs minutes passées au téléphone, Michael Boateng envoie finalement son patient, qui souffre d’anémie et d’un saignement abondant, à l’hôpital. Salarié de Bima, il jongle également avec un poste dans une clinique. « Parfois, les patients appellent pour des problèmes triviaux qui ne nécessitent pas de se déplacer, souligne-t-il. La télémédecine permet dans ce cas de désengorger les hôpitaux afin que ceux-ci s’occupent des vraies urgences. »


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