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Quand l'Afrique s'approprie le phénomène Airbnb

Mercredi 22 Août 2018

C'est une carte d'Afrique mouchetée de petits points à ses extrémités nord et sud, vers le golfe de Guinée et le Kenya. Quand on grossit le plan apparaissent des dizaines, puis des centaines voire des milliers d'offres d'hébergement. Airbnb, la plateforme communautaire de location et de réservation de logements de particuliers, proposait quelque 100 000 logements à louer sur le continent en septembre 2017. C'est certes peu au regard des 5 millions que compte l'offre globale, ou des 60 000 logements recensés rien qu'à Paris, premier marché mondial. Mais quatre ans plus tôt, on ne dénombrait guère plus de 6 000 logements sur le continent africain. La progression est donc fulgurante pour la société californienne.

Afrique du Sud, Maroc et Nigeria dans le top 5 des visiteurs

En 2017, elle a drainé 2 millions de visiteurs en Afrique, et serait désormais présente dans chaque pays. « Mais nous observons des résultats incroyables dans les pays où nous investissons. Par exemple, le partage de logements sur Airbnb a stimulé l'économie en Afrique du Sud d'environ 250 millions de dollars en 2017, en termes de revenus d'accueil et de dépenses des clients », souligne Katie Bentley, responsable de la communication Afrique d'Airbnb. Outre l'Afrique du Sud, sa destination phare sur le continent, Airbnb cartonne au Maroc, au Kenya, en Tanzanie (+ 50 % de visiteurs pour ces trois pays entre 2016 et 2017) ou au Nigeria (+ 325 %). Des contrées où l'offre d'accueil ne se cantonne plus au seul hébergement.

Une offre qui se diversifie

Concert intimiste, marche avec les pingouins ou virée avec un spécialiste de biologie marine sont, par exemple, proposés en Afrique du Sud… Au Maroc, les visiteurs peuvent combiner la location d'une chambre dans un luxueux riad – à partir de 30 euros la nuit – avec une excursion d'une journée dans les montagnes de l'Atlas ou des leçons de cuisine. « Nous voulons mettre en avant des lieux et des personnes qui se démarquent des hôtels et de l'accueil typique de l'industrie hôtelière traditionnelle », poursuit Velma Corcoran, responsable Afrique du Sud chez Airbnb.

Ce dépoussiérage des pratiques touristiques – par les membres de la communauté – s'accompagne d'un investissement d'un million de dollars d'ici à 2020. Et si la formule séduit les voyageurs, selon le spécialiste du tourisme à l'université du Nord-Ouest d'Afrique du Sud Melville Saayman, c'est parce qu'elle « sort des sentiers battus » tout en s'adressant à un public hétéroclite, quand « les grands voyagistes tendent, eux, à satisfaire un marché haut de gamme ».

Des hôtes hétéroclites

Maria, 68 ans, l'a bien compris. Cette Sud-Africaine, qui peine à s'en sortir avec sa maigre pension de retraite, loue depuis un an sa maison (3 pièces) au Cap, en Afrique du Sud. En sus, elle propose des repas aux touristes. « Je fais à peu près huit ou dix déjeuners chaque jour, même si c'est un peu plus calme en ce moment. Les clients veulent découvrir la vraie nourriture sud-africaine », explique-t-elle. « Le Cap est une des villes d'Afrique où l'offre Airbnb est la plus répandue. La demande vient en grande partie de touristes étrangers, mais aussi d'hommes d'affaires et de Sud-Africains de Johannesburg qui veulent passer quelques jours au bord de la mer », complète Charles-Henri Ropartz.

Ce Français de 28 ans, cadre dans la finance et basé à Paris, a acheté un appartement dans la ville portuaire sud-africaine, qu'il va louer sur Airbnb par le biais d'une agence locale. « Avec Airbnb, le retour sur investissement est meilleur qu'avec une location longue durée, et il est possible de récupérer le bien quand on le souhaite », note-t-il.

Encore peu de régulation

Tandis que le géant de l'économie collaborative, régulièrement accusé de concurrence déloyale, doit se conformer à de nouvelles régulations dans certaines capitales européennes – Paris a, par exemple, limité la location touristique à 120 jours –, rien de tel ne se profile pour l'heure en Afrique du Sud. En mai, l'Association des hôtelleries fédérées avait appelé le gouvernement à assujettir la plateforme de location à certaines normes. En vain, pour l'instant. « On a vu très peu de mouvements en faveur d'une réglementation ou d'une taxation spéciale pour Airbnb. Je pense que l'une des principales raisons réside dans le fait que le gouvernement sud-africain soutient les petits entrepreneurs et qu'il lui est donc difficile de les limiter par le biais de lois », analyse le spécialiste du tourisme Melville Saayman.

Décollage timide en Guinée

En 2017, l'hôte typique d'Airbnb en Afrique a gagné 1 500 dollars pour une moyenne de 18 nuits. Mais, en dehors des places touristiques prometteuses que sont l'Afrique du Sud, le Maroc ou le Nigeria, le marché reste très hétérogène sur le continent, et forcément tributaire des contextes politique ou sécuritaire. L'offre, de fait, est limitée à Juba au Soudan du Sud – où l'on peut louer un logement entier à partir de 13 euros la nuit – ou à Mogadiscio en Somalie – seuls deux logements sont proposés. À Kinshasa, plus grande ville francophone du monde avec ses plus de 12 millions d'habitants selon l'ONU, on ne dénombre étonnamment qu'une quarantaine de logements.

C'est moins qu'à Conakry (2 millions d'habitants), en Guinée, où le développement récent de l'hôtellerie, avec dans le viseur un tourisme d'affaires, semble avoir laissé le voyageur au budget moyen sur le carreau. Une lacune que certains propriétaires guinéens cherchent à transformer en opportunité. Parmi eux, Kadi et Salima. La première loue plusieurs chambres à environ 20 euros la nuit dans une concession qu'elle souhaite transformer à moyen terme en école élémentaire privée.

La seconde, 35 ans, elle-même salariée dans le tourisme à l'étranger, a sauté le pas en avril 2017. Elle a fait de la maison familiale un véritable havre de paix au cœur de la capitale guinéenne, pour 22 euros la nuit.

Concurrence accrue

Dans ce marché balbutiant, où la demande, sporadique, se confronte à des offres de plus en plus nombreuses, Salima tire son épingle du jeu en jouant la carte de la professionnalisation. « J'aime avoir affaire à des gens de différents pays, et étant moi-même dans le tourisme, il y a tellement de choses que j'ai envie de proposer pour rendre leur séjour chez moi plus agréable. Je fourmille d'idées et je me sens vivante ! Si le pays est stable, s'il y a l'eau et l'électricité couramment, à la longue, de plus en plus de gens considéreront cette alternative. C'est définitivement moins cher qu'un hôtel. Mais il faudra surtout que les hôtes soient professionnels et qu'ils fournissent un service impeccable aux clients », résume-t-elle. Ce faisant, ces hôtes amateurs pourraient aussi contribuer à relever la barre de la qualité des services dans l'hôtellerie sur le continent.

Africactu.com



Source: Africactu.com

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