Le projet de centrale à charbon de San Pedro a été officiellement abandonné par les autorités ivoiriennes. Ce revirement intervient après la COP26 et marque un tournant dans la stratégie énergétique nationale. Entre enjeux climatiques, pressions internationales et réalignement des priorités, la Côte d’Ivoire revoit sa trajectoire vers un mix plus durable.
COP26 : un signal politique et environnemental fort
Le projet de centrale thermique à charbon à San Pedro, initialement lancé en 2019, devait produire 700 mégawatts d’électricité et contribuer à soutenir la croissance de la demande énergétique nationale. Toutefois, cette infrastructure, présentée comme structurante, a été abandonnée au lendemain de la COP26 à Glasgow, comme l’a confirmé le ministre de l’Environnement Jean-Luc Assi. Ce dernier a expliqué que « le charbon ne fait plus partie du mix énergétique » de la Côte d’Ivoire.
Cette volte-face traduit un recentrage politique en faveur des engagements climatiques. Lors du sommet international sur le climat, la Côte d’Ivoire a revu à la hausse ses ambitions en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec une nouvelle cible dépassant les 30 % contre 28 % auparavant. Le charbon, dont l’impact environnemental est jugé lourd tant en matière d’émissions que de déchets, devenait difficile à justifier sur la scène internationale.
Outre les considérations écologiques, le projet impliquait une forte dépendance aux importations. Sans ressources charbonnières nationales, la Côte d’Ivoire aurait dû acheminer du charbon depuis la Colombie ou l’Afrique du Sud, avec des coûts logistiques élevés et une empreinte carbone défavorable. Cette réalité, conjuguée aux pressions internationales croissantes, a amené les autorités à revoir leur stratégie.
Un choix stratégique porté par la présidence de la Côte d’Ivoire
L’abandon du projet a été décidé directement par le chef de l’État, selon le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie Thomas Camara. Présentant cette décision comme un « acte fort », le ministre a souligné qu’elle s’inscrit dans une volonté politique assumée de repositionner la Côte d’Ivoire comme un pays moteur de la transition énergétique en Afrique de l’Ouest.
Le site de San Pedro ne sera pas abandonné pour autant. Une centrale à gaz pourrait y voir le jour, dans une logique de substitution technologique. Le gaz naturel, bien que fossile, présente un bilan carbone moins élevé que le charbon et s’inscrit dans une phase transitoire vers un mix énergétique plus durable. La politique énergétique du pays vise désormais à intégrer davantage de sources renouvelables, en particulier à travers le solaire et l’hydroélectrique. L’objectif affiché est de porter à 45 % la part des énergies renouvelables dans le mix d’ici 2030. Ce cap stratégique est perçu comme une manière de répondre aux attentes internationales tout en assurant une production énergétique stable.
Une transition sous contrainte, mais affirmée
L’annonce de l’abandon a suscité des réactions contrastées. Pour les acteurs de l’environnement et certaines ONG, il s’agit d’un tournant salutaire qui aligne la politique énergétique ivoirienne avec les standards climatiques actuels. Pour d’autres, le défi de combiner ambition écologique et réalités économiques reste entier, notamment dans un pays dont les besoins énergétiques progressent rapidement.
Le projet de centrale à charbon avait fait l’objet de critiques depuis plusieurs années, notamment de la part d’associations locales et internationales. Sa localisation à San Pedro soulevait également des questions sociales et environnementales, compte tenu de la biodiversité locale et des risques pour les communautés environnantes.
La redirection vers des sources moins polluantes marque une inflexion importante, mais ne dissipe pas toutes les interrogations sur les modalités de cette transition. La réussite du pari ivoirien dépendra des capacités d’investissement, de la mise en œuvre des projets alternatifs et de la gestion sociale de cette transformation.