Le collectif Ci La Nu Bokk (« Nous sommes là » en wolof) s’indigne de l’absence de femmes dans les noms des rues récemment rebaptisées à Dakar. Ce groupe, composé de plus de 1 000 femmes et 60 associations, dénonce le fait que, parmi les neuf rues rebaptisées en septembre, aucune ne porte le nom d’une femme. En réponse, le collectif a lancé une campagne pour faire reconnaître les contributions des femmes dans l’histoire du Sénégal.
L’Indignation du Collectif
Aujourd’hui, seules deux rues de Dakar portent le nom d’une femme. Cette situation a choqué le collectif Ci La Nu Bokk. En réponse, il a décidé de publier chaque jour sur ses réseaux sociaux des portraits de femmes sénégalaises qui ont marqué l’histoire, telles que Adja Arame Diène, première femme députée à l’Assemblée nationale, et Amy Mbacke-Thiam, première championne du monde d’athlétisme sénégalaise.
Le collectif a aussi adressé une lettre ouverte au maire et au préfet de Dakar, demandant que cette injustice soit corrigée. Il insiste sur l’importance de rendre hommage à ces figures féminines et de leur offrir la reconnaissance qu’elles méritent dans l’espace public.
La Réponse de la Mairie
La mairie de Dakar a réagi à cette mobilisation. Baba Touré, le troisième adjoint au maire du Plateau, a expliqué que la question des noms de rues est actuellement en discussion. Selon lui, près de 50 propositions de noms de femmes ont été faites pour les futures rues à renommer. Il a précisé qu’il reste encore 92 rues à rebaptiser et que ce processus se poursuivra jusqu’en janvier.
« Nous réfléchissons à ces propositions avec soin pour donner à chaque changement de nom son juste sens, » a affirmé Baba Touré.
Un Débat Plus Large sur la Mémoire Nationale
Cette situation soulève une question plus large sur la mémoire collective du Sénégal. Le professeur d’histoire Ibrahima Thioub, de l’Université Cheikh Anta Diop, critique l’histoire officielle qui privilégie les hommes, surtout ceux associés aux guerres. Il plaide pour une réévaluation de la mémoire nationale.
« Il est urgent de réécrire notre histoire de manière plus inclusive. Nous devons intégrer les contributions des femmes et des intellectuels, souvent oubliées, » a-t-il expliqué.
Un Premier Pas Vers l’Égalité
La campagne Ci La Nu Bokk dépasse la simple question des noms de rues. Elle fait partie d’un mouvement plus large pour une meilleure égalité entre les sexes dans l’espace public. Le collectif estime que chaque rue rebaptisée en l’honneur d’une femme est un pas vers une plus grande visibilité et reconnaissance des femmes dans la société sénégalaise.
Bien que des avancées aient été promises, le chemin reste long pour une pleine égalité. Le collectif continue de se battre pour que les femmes aient la place qu’elles méritent dans la mémoire collective du Sénégal.