Génocide des Tutsi au Rwanda: une plainte déposée contre la Banque de France

décembre 12, 2025

Une plainte vise la Banque de France, accusée d’avoir validé des virements qui auraient facilité l’armement des forces génocidaires au Rwanda. Le 4 décembre, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) a saisi le doyen des juges d’instruction du Pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris. Cette initiative, révélée par Libération et consultée par l’AFP, relance une question sensible sur la responsabilité d’acteurs financiers dans la tragédie de 1994.

Des transferts financiers qui suscitent de lourdes interrogations

Le CPCR accuse la Banque de France de n’avoir appliqué aucune mesure malgré l’embargo décrété par l’ONU le 17 mai 1994. Le collectif affirme que le compte de la Banque nationale du Rwanda est resté actif durant cette période. Il affirme aussi que sept transferts ont eu lieu entre mai et août 1994, pour un total de 3,17 millions de francs. Ces opérations auraient permis aux autorités rwandaises d’accéder à des ressources sensibles.

Par ailleurs, des documents cités dans la plainte mentionnent un virement de 435.000 francs effectué le 5 mai 1994 au profit d’Alcatel. Cette société est soupçonnée d’avoir fourni des équipements de communication au gouvernement intérimaire. Des témoins indiquent que le paiement aurait servi à acheter des téléphones satellites. Ce matériel renforçait alors la capacité du régime à maintenir ses liaisons internationales. Les avocats du CPCR dénoncent ainsi le rôle discret mais déterminant de « criminels en col blanc » qui auraient alimenté la machine génocidaire.

Une réaction immédiate, mais des archives limitées

La Banque de France tente d’apporter des clarifications. Elle affirme ne pas avoir trouvé de traces des virements cités. Elle explique ensuite que les règles de conservation imposent la destruction des documents après dix ans. Ce délai réduit fortement les possibilités de vérification. Elle assure toutefois vouloir poursuivre ses recherches, malgré ces contraintes administratives.

En outre, cette affaire relance un débat ancien sur la responsabilité internationale dans le génocide rwandais. Plus de 800.000 personnes ont perdu la vie selon l’ONU. Le CPCR souhaite donc établir toutes les responsabilités, même trente ans après les faits. Cette démarche vise à rappeler que le génocide ne résulte jamais d’une seule décision mais d’un ensemble d’actions coordonnées.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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