Guerre en RDC : l’accord de paix de Washington à l’épreuve par défiance du Rwanda

décembre 15, 2025

En RDC, les combats se poursuivent dans l’est du pays malgré l’accord de paix récemment paraphé à Washington entre Kinshasa et Kigali. Le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda selon l’ONU et plusieurs chancelleries occidentales, a pénétré dans les faubourgs d’Uvira, ville stratégique située au bord du lac Tanganyika et à proximité immédiate du Burundi. Cette avancée militaire remet en cause les engagements pris quelques jours plus tôt et ravive les craintes d’une déstabilisation régionale durable.

Une percée militaire du M23 fragilise l’accord de Washington

Le mardi 9 décembre, des combattants du M23 ont progressé rapidement depuis le nord pour atteindre les abords d’Uvira. Selon des sources sécuritaires congolaises, cette entrée s’est accompagnée de bombardements et de tirs sporadiques. Un officier des Forces armées de la RDC a indiqué que son unité avait quitté la ville dans l’après-midi face à l’intensité des affrontements. Dans plusieurs quartiers, les habitants sont restés confinés chez eux, craignant des combats urbains.

Cette avancée intervient seulement quelques jours après la ratification, à Washington, d’un accord présenté comme un tournant diplomatique. Félix Tshisekedi et Paul Kagame avaient alors affiché leur volonté de mettre fin aux hostilités. L’accord prévoit notamment des garanties sécuritaires et une coopération économique autour des minerais stratégiques, très présents dans l’est congolais. Cependant, sur le terrain, les armes continuent de parler.

Depuis mars, le front semblait pourtant stabilisé après la prise de Goma et de Bukavu par le M23 en début d’année. Des discussions avaient repris, laissant espérer une désescalade progressive. Or, cette nouvelle offensive met en lumière la fragilité du processus engagé et alimente le scepticisme des observateurs régionaux.

Uvira sous tension et un exode massif vers le Burundi

Au fil de la journée, Uvira s’est largement vidée. Habitants, policiers, agents administratifs et militaires ont quitté la ville à mesure que le M23 avançait. Des témoins décrivent des scènes de panique, avec des colonnes de soldats congolais se repliant vers le sud, parfois à pied, parfois à bord de véhicules civils réquisitionnés. Certains ont tenté de traverser le lac Tanganyika par bateau, provoquant des tensions au port.

Selon des sources humanitaires, plus de 30 000 personnes ont fui les combats en une semaine et ont trouvé refuge au Burundi voisin. Les autorités burundaises confirment l’arrivée massive de déplacés sur leur territoire. Des soldats congolais et burundais ont également franchi la frontière pour échapper aux affrontements, accentuant la pression sécuritaire dans la zone frontalière.

Dans la ville, plusieurs témoins évoquent des pillages commis lors du repli de certaines unités. Des magasins et des pharmacies ont été vidés, tandis que des habitants dénoncent des violences et des vols. Ces dérives aggravent un climat déjà marqué par la peur et l’incertitude.

Vers une crise régionale aux conséquences imprévisibles

La prise d’Uvira par le M23 donne une dimension régionale au conflit. Située face à Bujumbura, à une vingtaine de kilomètres seulement, la ville représente un point stratégique majeur. Son contrôle coupe le Burundi d’un accès direct à certaines zones de la RDC, ce qui inquiète fortement les autorités burundaises. Depuis 2023, l’armée du Burundi déploie d’ailleurs des milliers de soldats dans l’est congolais pour sécuriser ses intérêts.

Les États-Unis et plusieurs pays européens ont rapidement réagi. Dans un communiqué commun, ils ont exhorté le M23 et Kigali à cesser immédiatement l’offensive. Washington a dénoncé une violation claire de l’accord signé le 4 décembre et a évoqué des réponses diplomatiques à venir. Malgré ces pressions, le M23 a poursuivi sa progression après Uvira.

Le 13 décembre, des sources locales ont signalé une avancée vers les axes de Baraka et Fizi, où les forces congolaises et burundaises se sont repliées. Si certains déplacés commencent à regagner leurs villages, notamment à Luvungi, de nombreuses familles continuent de fuir les combats. La situation reste donc extrêmement volatile.

Face à cette dynamique, le risque d’un embrasement régional dans la région des Grands Lacs devient plus concret. Le président burundais, Evariste Ndayishimiye, avait déjà mis en garde contre une telle évolution, tout comme l’ONU. À ce stade, l’avenir de l’accord de Washington dépendra de la capacité des acteurs impliqués à imposer un véritable arrêt des hostilités sur le terrain.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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