Vol de bétail en Afrique de l’Ouest : les États passent à l’offensive

février 9, 2026

Réunis à Dakar du 9 au 12 février, les États d’Afrique de l’Ouest, avec l’appui de la FAO, ont amorcé un changement stratégique majeur dans la lutte contre le vol de bétail. Longtemps perçu comme une simple délinquance rurale, ce fléau est désormais traité comme une menace sécuritaire transfrontalière, liée à la criminalité organisée et au financement de groupes armés. Cette nouvelle approche marque un tournant dans la gouvernance du pastoralisme et la sécurisation des zones rurales de la sous-région.

Vol de bétail en Afrique de l’Ouest : un fléau devenu une menace sécuritaire

Les États reconnaissent désormais que le vol de bétail dépasse la sphère économique. Il constitue une menace directe pour la stabilité, la paix sociale et la sécurité alimentaire. Cette prise de conscience a conduit à une volonté politique de coordonner les réponses à l’échelle régionale.

L’atelier sous-régional organisé à Dakar rassemble plus de 70 participants issus de quinze pays ouest-africains, aux côtés d’organisations régionales, d’institutions internationales, de forces de sécurité, d’acteurs pastoraux et du secteur privé. L’objectif est clair : mettre en place une réponse collective, structurée et durable face à un phénomène qui ignore les frontières.

Une criminalité organisée aux impacts régionaux

Selon les données présentées lors de la rencontre, les pertes économiques liées au vol de bétail dépasseraient 467 millions de dollars par an en Afrique de l’Ouest. Le Nigeria aurait enregistré près de 478 millions de dollars de pertes sur cinq ans, tandis que le Mali en aurait perdu 32 millions sur la même période. Même des pays moins touchés, comme le Sénégal, subissent des pertes annuelles estimées à 3,2 millions de dollars.

Cependant, au-delà des pertes financières, la FAO alerte sur la structuration d’un réseau criminel transfrontalier. Ces réseaux exploitent des couloirs de mobilité difficiles à contrôler et alimentent des circuits de revente illégaux. Dans des zones sensibles comme le Liptako-Gourma ou le bassin du lac Tchad, le bétail est utilisé à la fois comme marchandise et comme outil de pression par des groupes armés, contribuant ainsi à l’instabilité régionale.

Une menace pour la sécurité alimentaire et la paix sociale

Présidant la rencontre, le ministre sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Dr Mabouba Diagne, a rappelé que le vol de bétail « ne constitue plus seulement une atteinte aux biens des éleveurs, mais une menace directe pour la sécurité alimentaire, la paix sociale et la stabilité de nos territoires. »

Cette situation fragilise les moyens de subsistance des communautés pastorales, accentue les tensions locales et alimente parfois des conflits intercommunautaires. De plus, elle met en péril l’approvisionnement en viande et en produits laitiers, essentiels pour les économies rurales. Face à ces risques, les États plaident pour des stratégies nationales intégrées, appuyées par une coopération transfrontalière renforcée.

Vol de bétail en Afrique de l’Ouest : une réponse régionale coordonnée

Les autorités ouest-africaines misent désormais sur une approche collective, combinant répression pénale, coopération sécuritaire et innovation technologique. Cette stratégie vise à réduire durablement le phénomène et à renforcer la gouvernance du secteur pastoral.

L’atelier de Dakar constitue un cadre clé pour aligner les politiques nationales, partager les bonnes pratiques et définir des mécanismes opérationnels communs. Il s’agit aussi de poser les bases d’une coalition sous-régionale multi-acteurs, réunissant États, partenaires techniques et financiers, organisations pastorales et secteur privé.

Des cadres juridiques renforcés et des sanctions accrues

Plusieurs pays ont déjà entrepris de durcir leur arsenal juridique. Le ministre malien de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, a rappelé que le Mali a récemment criminalisé le vol de bétail dans son Code pénal, avec des peines pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.

Le pays a également adopté une Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail pour la période 2025-2034. Cette stratégie vise à renforcer la surveillance des zones pastorales, à soutenir les éleveurs et à limiter l’influence des réseaux criminels. Comme l’a souligné le ministre malien, « le bétail est devenu une source de financement pour des réseaux criminels et terroristes. Il fallait une réponse ferme de l’État. »

La FAO en première ligne avec un programme régional ambitieux

Dans le cadre de cette mobilisation, la FAO a présenté les résultats de ses travaux menés en 2025, incluant un diagnostic régional, des analyses nationales, un manuel de bonnes pratiques et un programme régional de lutte contre le vol de bétail.

Ce programme, prévu pour la période 2026-2030, dispose d’un budget de 345,13 millions de dollars. Son objectif est de réduire de 70 % le vol de bétail d’ici 2031. Pour y parvenir, il mise sur une combinaison de prévention, de coopération sécuritaire, de modernisation des systèmes d’identification du bétail et de renforcement des capacités des États.

Vol de bétail en Afrique de l’Ouest : la technologie au cœur de la riposte

Les solutions technologiques occupent une place centrale dans la nouvelle stratégie régionale. Elles visent à améliorer la traçabilité du cheptel, à sécuriser les marchés et à faciliter l’identification rapide des animaux volés.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large de digitaliser la gestion du secteur pastoral et de renforcer la transparence des flux commerciaux liés au bétail.

Traçabilité numérique et suivi du cheptel

La stratégie repose notamment sur l’utilisation de boucles RFID, de bolus électroniques et de systèmes de suivi GPS. Ces outils permettront d’identifier chaque animal, de suivre ses déplacements et de limiter les circuits de revente frauduleux.

L’interopérabilité des bases de données entre pays constitue un autre pilier du dispositif. Elle doit faciliter l’échange d’informations entre services vétérinaires, forces de sécurité et autorités judiciaires, afin de réagir plus rapidement en cas de vol.

Vers une coalition sous-régionale durable

L’atelier de Dakar doit également aboutir à l’opérationnalisation d’une coalition sous-régionale multi-acteurs, une première en Afrique de l’Ouest selon la FAO. Cette coalition ambitionne d’associer États, forces de sécurité, justice, collectivités locales, organisations professionnelles et communautés pastorales.

Pour la Coordonnatrice sous-régionale de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, Bintia Stephen Tchicaya, « aucune solution strictement nationale ne peut suffire face à un phénomène qui ignore les frontières. » Les travaux se poursuivront jusqu’au 12 février, avec pour objectif de formuler des recommandations opérationnelles et d’aligner les stratégies nationales autour d’une réponse régionale durable à un fléau devenu l’un des principaux facteurs d’insécurité dans les zones rurales ouest-africaines.

Roseline GOUNDJO

Roseline GOUNDJO

Journaliste rédactrice spécialisée dans la politique, la culture et les relations internationales. Passionnée par les sujets de société et le People, je m'engage à offrir des contenus captivants à mes lecteurs.

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