Avec plus de 600 millions de dollars de recettes à l’échelle mondiale, Demon Slayer, la Forteresse infinie s’impose comme le plus grand succès de l’histoire du cinéma japonais. En Côte d’Ivoire, l’engouement pour le film dépasse toutes les attentes : en deux week-ends seulement, plusieurs milliers de spectateurs se sont précipités dans les salles d’Abidjan. Un phénomène culturel qui témoigne de la puissance de l’influence japonaise sur les jeunesses africaines.
Des salles pleines à craquer
Au Majestic Sococé, l’un des cinq cinémas d’Abidjan où le film est projeté, les séances affichent complet. Devant les guichets, les files d’attente s’étirent jusque dans la rue. Steven, lycéen, ne cache pas son impatience : « Demon Slayer, c’est le cinéma absolu. Les graphismes, les combats : c’est ça qui m’a convaincu d’aller voir le film au cinéma ».
Pour d’autres, l’attrait est plus émotionnel. Julie, une spectatrice venue seule, explique : « Le fait de se battre pour sa petite sœur, ça me plaît bien. C’est pour ça que je suis venu regarder ». Avec près de 6 000 entrées déjà comptabilisées dans le pays, l’engouement se confirme.
Un phénomène qui dépasse le grand écran
Le succès de Demon Slayer profite aussi à l’économie locale. Serge Dally, gérant de la boutique Otaku d’Afrique, salue l’impact commercial : « Ça a été une aubaine pour notre boutique, parce que beaucoup de gens voulaient aller voir le film déguisés ». Kimonos, baskets et accessoires inspirés de l’univers des tueurs de démons s’écoulent à un rythme soutenu.
L’attente autour du film est telle que certains spectateurs repartent bredouilles. Arthur, recalé faute de place, le dit avec amertume : « Ça fait pratiquement un an que j’attends la sortie. Je ne peux pas me permettre de rater ça, pas maintenant ». Pour lui, comme pour beaucoup, Demon Slayer s’apparente à « une religion ».
Le soft power japonais à l’œuvre
Si la « Demon Slayer mania » séduit autant en Côte d’Ivoire, ce n’est pas un hasard. Le chercheur et éditeur Christophe Cassiau Haurie y voit le résultat de plus d’une décennie d’offensive culturelle japonaise. « Le Japon mène une offensive importante depuis 10-15 ans. Les gens ont été biberonnés aux séries japonaises qu’on peut voir en Afrique », analyse-t-il.
Ce succès illustre une tendance plus large : mangas, jeux vidéo et animation façonnent désormais une partie des imaginaires collectifs africains. Avec La Forteresse infinie, premier volet d’une trilogie destinée à clore la saga, Demon Slayer confirme que l’animation japonaise ne se contente plus d’exister sur les écrans, mais structure une culture, une économie et une identité générationnelle en Afrique.