Chaque année, Octobre Rose mobilise la planète autour du dépistage du cancer du sein. En République démocratique du Congo, cette 32e campagne mondiale résonne avec une urgence particulière. Dans un pays où la pauvreté touche la majorité des ménages et où les tabous culturels pèsent encore lourd, la sensibilisation rencontre des freins majeurs. En 2022, l’Afrique subsaharienne a enregistré plus de 146 000 nouveaux cas et 71 000 décès liés à cette maladie, selon l’OMS.
Le dépistage, une étape freinée par les tabous
Le cancer du sein reste, dans la majorité des cas, invisible à ses débuts. Seul un dépistage précoce permet une prise en charge efficace. Pourtant, en RDC, de nombreuses femmes hésitent à franchir ce cap. « Les freins du dépistage du cancer sont liés à la nature de notre population », explique le spécialiste en oncologie Christophe Sivanzire. « C’est la pudeur et les tabous. Une femme noire, africaine, congolaise, se déshabiller et montrer sa poitrine est déjà une barrière difficile à dépasser. »
Ce poids culturel, combiné à une faible sensibilisation, retarde le diagnostic. La plupart des patientes arrivent à l’hôpital à un stade avancé, quand les chances de guérison sont considérablement réduites.
Un accès limité par la pauvreté
Au-delà des tabous, les contraintes économiques compliquent encore l’accès aux soins. En RDC, une large part de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les traitements du cancer du sein restent coûteux, et la prévention passe souvent au second plan. « Quand les gens se portent bien, ils ne pensent pas à la prévention. Ce n’est que quand ils sont malades qu’ils vont se faire consulter… et encore », constate amèrement le docteur Sivanzire.
Ce retard de prise en charge contribue à un taux élevé de mortalité, dans un contexte où le système de santé peine à offrir un accompagnement accessible et régulier.
Face à cette réalité, les professionnels de santé appellent à renforcer les campagnes de sensibilisation. Informer les femmes sur l’importance du dépistage précoce et lever les tabous culturels apparaissent comme des priorités. Mais sans un effort parallèle pour rendre les examens et les traitements financièrement accessibles, les inégalités persisteront.
L’initiative Octobre Rose en RDC met ainsi en lumière un défi collectif : concilier mobilisation sociétale, action publique et soutien international. Car sans changement structurel, le nombre de décès liés au cancer du sein risque de continuer à peser lourdement sur la santé des femmes congolaises.