Confrontés à une intégration commerciale limitée et à des économies fortement dépendantes des marchés extérieurs, les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) – le Mali, le Burkina Faso et le Niger – cherchent à accélérer la construction d’un espace économique commun. Les autorités sahéliennes estiment que renforcer les échanges intra-confédéraux constitue un levier stratégique. Cela permettrait de mieux valoriser le potentiel régional, stimuler la croissance et renforcer la souveraineté économique. Cette démarche intervient dans un contexte de recomposition politique en Afrique de l’Ouest.
Des échanges intra-régionaux encore très limités
Malgré la proximité géographique et des économies souvent complémentaires, le commerce entre les pays sahéliens reste faible. Cette situation reflète une tendance plus large à l’échelle ouest-africaine et continentale.
Selon l’African Trade Report 2024 publié par Afreximbank, les échanges intra-africains représentaient environ 15 % des exportations totales du continent en 2023. Ce niveau est nettement inférieur à celui observé en Europe ou en Asie. En Afrique de l’Ouest, les cadres régionaux existants, tels que la CEDEAO et l’UEMOA, n’ont pas permis d’inverser cette tendance. Les analyses de l’ONU-DESA et du Trade Law Centre estiment la part des échanges intracommunautaires ouest-africains entre 10 % et 15 % selon les années. Ces chiffres soulignent la persistance de contraintes structurelles.
Dans l’espace UEMOA, les échanges intra-régionaux ont atteint environ 3 063,7 milliards de francs CFA en 2021, selon Agence Ecofin. Ce volume reste modeste comparé aux exportations totales de l’Union. Les flux bilatéraux entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger demeurent particulièrement limités.
Des obstacles structurels persistants au Sahel
Pour les autorités de l’AES, cette faiblesse s’explique par plusieurs facteurs. Les barrières administratives, l’insuffisante harmonisation des règles commerciales et les infrastructures logistiques déficientes freinent le commerce. La coordination des politiques économiques reste faible. À cela s’ajoute une dépendance accrue aux exportations de matières premières vers les marchés extérieurs. Ces contraintes réduisent les incitations au développement de chaînes de valeur régionales et limitent la capacité des économies sahéliennes à exploiter leur marché potentiel. Elles freinent aussi la résilience face aux chocs externes. Les autorités maliennes ont fait le point, lors du Conseil des ministres du 7 janvier 2026, sur les avancées du chantier économique de la Confédération des États du Sahel,
Une stratégie d’intégration progressive portée par l’AES
Face à ce constat, les États membres de l’AES ont engagé une démarche pour structurer un cadre économique commun. Ils concentrent leurs efforts sur des actions concrètes et graduelles.
Les discussions portent sur l’harmonisation progressive des politiques commerciales et industrielles. Elles concernent aussi la facilitation de la circulation des biens et des personnes, ainsi que la coordination des stratégies de développement. L’objectif est de créer un environnement plus favorable aux échanges intra-confédéraux. Il s’agit également de stimuler l’investissement productif.
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Le secteur privé au cœur du dispositif
Conscientes du rôle central des acteurs économiques, les autorités de l’AES ont validé la mise en place d’un mécanisme de dialogue public-privé à l’échelle confédérale. Ce cadre associe les entreprises, les chambres de commerce et les organisations professionnelles à l’élaboration des politiques économiques. Dans cette dynamique, une Alliance des Chambres de Commerce et d’Industrie de l’AES a été créée. Elle permet de structurer la représentation du secteur privé et de mieux coordonner les acteurs économiques des trois pays.
L’agriculture comme levier prioritaire d’intégration
La coopération agricole figure parmi les axes stratégiques de l’AES. Des accords ont été conclus entre les offices céréaliers nationaux. L’objectif est d’améliorer la coordination des politiques de stockage et d’échanges de produits stratégiques. Selon l’OCDE, le commerce alimentaire intra-régional en Afrique de l’Ouest atteint environ 10 milliards de dollars par an. Ce volume reste inférieur au potentiel réel de la région. Pour suivre les réformes, les autorités ont adopté une matrice de recommandations à mettre en œuvre en 2026. Elles ont aussi mis en place un comité de suivi et d’évaluation. L’enjeu pour l’AES est de transformer ces orientations en mesures opérationnelles. Cela permettra de rendre l’intégration économique concrète et bénéfique pour les trois économies sahéliennes.
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