Crise du cacao en Côte d’Ivoire : la mauvaise gouvernance mise en cause ?

février 1, 2026

Alors que la campagne cacaoyère 2025-2026 traverse une période de fortes turbulences, la crise du cacao en Côte d’Ivoire prend une ampleur politique et économique majeure. Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), fondé par Laurent Gbagbo, accuse le pouvoir en place de mauvaise gouvernance, de manque de transparence et de calculs électoralistes. Le débat se concentre sur le prix bord champ, la gestion des excédents financiers et un blocage logistique qui pénalise l’ensemble de la filière, en particulier les producteurs.

Pourquoi la crise du cacao en Côte d’Ivoire inquiète la filière

Depuis décembre, des centaines de camions chargés de fèves de cacao restent immobilisés. Ils ne peuvent pas décharger leurs cargaisons. Plus de 123 000 tonnes de cacao, qualifiées de « stocks résiduels » par les autorités, stagnent dans des conditions préoccupantes. Pour le PPA-CI, cette situation ne relève pas d’un incident ponctuel. Elle résulte d’un problème structurel de gouvernance.

Le Conseil café-cacao, chargé de la régulation du secteur, fait face à de lourdes accusations. L’opposition estime qu’il ralentit volontairement la délivrance des connaissements, documents essentiels pour le déchargement portuaire et l’exportation. Officiellement, les autorités invoquent des difficultés techniques. Toutefois, le PPA-CI parle d’un blocage administratif délibéré, qui étouffe les exportateurs et fragilise les acheteurs locaux.

Ce dysfonctionnement a des répercussions directes sur les producteurs. Les retards de paiement et les difficultés d’écoulement des fèves forcent de nombreux planteurs à se tourner vers le système du dépôt-vente. Dans ce schéma, les paysans livrent leur cacao à crédit contre un simple reçu. Cette pratique accroît leur vulnérabilité financière et augmente le risque de non-paiement.

Le blocage des exportations et ses effets économiques

Le ralentissement des exportations réduit la liquidité du marché local. Les acheteurs rencontrent des difficultés pour honorer leurs engagements. Cela entraîne des retards de paiement et renforce la méfiance des producteurs. En parallèle, les coûts de stockage, de transport et de financement continuent d’augmenter. Ces charges supplémentaires pèsent lourdement sur les marges des acteurs de la chaîne.

Cette situation met en péril la stabilité de la filière cacaoyère ivoirienne. Or, ce secteur constitue un pilier stratégique de l’économie nationale. Il représente aussi la principale source de revenus pour des millions de ménages ruraux.

Le risque d’un basculement vers des pratiques informelles

Sous la pression financière, certains intermédiaires cherchent à préserver leur rentabilité. Pour y parvenir, ils pourraient être tentés de réduire illégalement le prix payé aux planteurs. Cette dérive menace d’alimenter l’économie informelle. Elle pourrait également nuire à la traçabilité du cacao ivoirien, dans un contexte international de plus en plus strict sur la conformité et la durabilité.

Le prix du cacao 2025 au cœur des accusations du PPA-CI

L’un des points centraux de la crise du cacao en Côte d’Ivoire concerne la fixation du prix bord champ à 2 800 FCFA/kg, annoncée en octobre 2025. Les planteurs avaient accueilli cette hausse avec satisfaction. Cependant, le PPA-CI considère cette décision comme une manœuvre électoraliste liée à l’élection présidentielle.

Selon le parti de Laurent Gbagbo, le gouvernement a fixé ce prix alors que les cours mondiaux amorçaient déjà une baisse. Le marché international serait passé d’environ 5 000 FCFA/kg à 3 800 FCFA/kg. Cette différence rend le prix local difficilement soutenable pour les exportateurs. En réaction, ces derniers freinent leurs achats, ce qui ralentit encore davantage l’écoulement des fèves.

Les acheteurs locaux dénoncent également un déséquilibre structurel. Malgré l’augmentation du prix d’achat, leur marge reste plafonnée à 100 FCFA/kg. Dans le même temps, les coûts du transport, du carburant et du crédit ont fortement augmenté. Cette pression financière menace la survie de nombreux intermédiaires, pourtant indispensables au bon fonctionnement du marché.

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La question sensible des excédents financiers

Le PPA-CI remet aussi en question la gestion des excédents accumulés durant les campagnes 2023-2024, période marquée par des prix élevés. En principe, 40 % de ces plus-values devaient alimenter un fonds de garantie. Ce fonds devait servir à amortir les chocs en cas de baisse des cours.

Le parti affirme que les autorités n’ont pas mobilisé ce mécanisme de manière transparente pour protéger les producteurs. Il soupçonne le gouvernement de gagner du temps jusqu’à la petite traite de mars 2026. L’objectif présumé serait de baisser légalement les prix au détriment des paysans.

Une filière sous tension, entre politique et économie

Pour le PPA-CI, seule une revalorisation équitable de tous les maillons de la chaîne peut stabiliser la filière. Le parti exige également une transparence totale sur l’utilisation des fonds de réserve. Sans ces mesures, il estime que la filière court un risque réel d’implosion.

Dans un pays qui demeure le premier producteur mondial de cacao, les enjeux dépassent le simple cadre agricole. Ils touchent à la stabilité sociale, économique et politique. La gestion actuelle de la crise du cacao en Côte d’Ivoire constitue désormais un test majeur pour la crédibilité des autorités et pour l’avenir de millions de producteurs qui dépendent de cette culture stratégique. A noter que le gouvernement a lancé le rachat des stocks disponibles.

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morgan dossou africactu auteur

Morgan DOSSOU

Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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