Importance de la dette cachée du Sénégal : pas de conclusion d’un nouvel accord de prêt du FMI

novembre 7, 2025

La dette publique du Sénégal, déjà au cœur des inquiétudes économiques, vient de franchir un nouveau seuil de complexité. À l’issue d’une mission de deux semaines à Dakar, le Fonds monétaire international (FMI) a reconnu l’existence d’une « dette cachée » d’ampleur inédite, estimée à près de 7 milliards de dollars accumulés entre 2019 et 2024. Une découverte qui complique les discussions entamées pour la mise en place d’un nouveau programme de prêt stratégique. Pourtant, en parallèle, l’institution internationale salue des « progrès notables » réalisés par les autorités sénégalaises dans la mise en œuvre de mesures de transparence et de mobilisation des recettes.

Une dette dissimulée qui freine l’accord avec le FMI

Lors de sa visite à Dakar, le chef de mission du FMI, Edward Gemayel, n’a pas mâché ses mots. « Le cas du Sénégal, avec une dette cachée de cette importance, est inédit en Afrique », a-t-il affirmé, soulignant que ce passif – accumulé durant l’administration de Macky Sall – complique fortement la conclusion d’un nouvel accord de financement. Le FMI estime que cette dette, dissimulée hors des comptes publics traditionnels, représente aujourd’hui l’un des plus grands risques macroéconomiques du Sénégal.

Cette situation a déjà conduit à une dégradation de la note souveraine du pays à trois reprises en un an, selon l’agence Moody’s, qui juge la trajectoire d’endettement préoccupante. Avec une dette publique équivalente à 132 % du PIB, le Sénégal se trouve dans une zone de fragilité aiguë, dont la gestion est désormais scrutée par l’ensemble des partenaires économiques internationaux.

Si le gouvernement sénégalais espérait un accord rapide avec l’institution financière, les discussions ont finalement achoppé le 6 novembre. Le FMI souhaite en effet des « mesures correctrices » solides pour garantir que ce type de dissimulation comptable ne se reproduise pas. Parmi les conditions fixées : la centralisation de la gestion de la dette au sein d’un seul ministère, ainsi que la publication complète des résultats de l’audit des arriérés de paiement en cours.

Des avancées saluées sur la transparence et la mobilisation des recettes

Malgré cette impasse contractuelle, le FMI reconnaît plusieurs progrès entrepris par les autorités sénégalaises, depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye. Dans un communiqué distinct, l’institution internationale salue les efforts en matière de transparence budgétaire, la publication régulière des données sur la dette, ainsi que la mise en œuvre de nouvelles stratégies fiscales ambitieuses.

Le gouvernement a notamment annoncé la création de nouvelles taxes ciblées – sur les jeux de hasard, les transferts mobiles ou encore certains revenus fonciers – et prévoit une réduction progressive des exonérations fiscales. Ces mesures visent à accroître les recettes de l’État, tout en consolidant une discipline budgétaire plus rigoureuse.

Cependant, le FMI appelle à la prudence : les prévisions de recettes générées par ces nouvelles taxes restent « très élevées », ce qui pourrait exposer le pays à des écarts budgétaires importants si les estimations manquaient de réalisme. Par ailleurs, l’institution attend la fin de l’audit de la dette intérieure – qui inclut déjà près de 4 % d’arriérés – pour se prononcer sur la soutenabilité globale des finances publiques.

Une coopération maintenue, mais conditionnelle

Au terme de sa visite, l’équipe du FMI, reçue par le Président Diomaye Faye, le Premier ministre Ousmane Sonko, et plusieurs ministres, a confirmé que les négociations pour un nouvel accord de prêt se poursuivront « à distance » dans les semaines à venir. Malgré l’absence d’accord immédiat, le FMI se dit « engagé » à accompagner le Sénégal, dès lors que les réformes structurelles exigées seront consolidées.

Le pays se trouve donc à la croisée des chemins : entre un lourd héritage budgétaire et un impératif de redressement économique fondé sur la transparence, la gouvernance et la lutte contre la corruption. Reste à savoir si les efforts engagés suffiront à rétablir la confiance du FMI – indispensable pour relancer la dynamique financière, soutenir la croissance et apaiser les tensions économiques internes.

Pour le Sénégal, l’enjeu n’est plus seulement d’obtenir un financement, mais de prouver qu’il peut sortir durablement de la spirale de l’endettement opaque et du déséquilibre budgétaire. Une épreuve dont l’issue pourrait redéfinir la crédibilité économique du pays dans les prochains mois.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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