Le chiffre est vertigineux. Les transactions mobile money en Afrique ont atteint un montant record de 1 432 milliards de dollars. Un record historique qui relance un débat fondamental : le continent africain est-il en train de tourner définitivement le dos au cash ?
Un record qui change tout
Il y a encore dix ans, l’idée semblait utopique. Aujourd’hui, elle devient réalité. L’Afrique est désormais le premier marché mondial de la mobile money. Aucune autre région du monde ne concentre autant de transactions financières via téléphone mobile.
Ce record de 1 432 milliards de dollars ne tombe pas du ciel. Il est le fruit de plusieurs années d’expansion rapide des services comme M-Pesa, Orange Money, MTN Mobile Money ou Wave. Ces plateformes ont transformé en profondeur les habitudes financières de centaines de millions d’Africains.
L’Afrique de l’Est et de l’Ouest en première ligne
Deux régions tirent particulièrement ce boom. L’Afrique de l’Est, pionnière historique avec le Kenya et la Tanzanie, continue d’afficher des volumes impressionnants. L’Afrique de l’Ouest rattrape son retard à grande vitesse, portée notamment par le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana.
Dans ces pays, la mobile money n’est plus un simple outil de transfert d’argent. Elle sert désormais à payer les factures, régler les courses, épargner, contracter des micro-crédits et même investir. L’écosystème s’est considérablement élargi.
Un outil d’inclusion financière massif
L’une des grandes forces de la mobile money en Afrique est sa capacité à toucher les populations non bancarisées. Sur le continent, environ 57 % des adultes n’ont toujours pas de compte bancaire classique. Pourtant, ils sont des dizaines de millions à utiliser quotidiennement leur téléphone pour gérer leur argent.
C’est précisément là que réside la révolution silencieuse. La mobile money a contourné le système bancaire traditionnel, jugé trop cher, trop complexe et trop éloigné des réalités du terrain. Elle a rendu la finance accessible au plus grand nombre, y compris dans les zones rurales les plus reculées.
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Alors, la fin du cash est-elle proche ?
La question mérite d’être posée avec nuance. Certes, les chiffres sont éloquents. Toutefois, le cash reste encore très présent dans les échanges quotidiens, surtout dans les économies informelles qui représentent une part massive du PIB de nombreux pays africains.
Néanmoins, la tendance est clairement dessinée. Les jeunes générations adoptent massivement le paiement mobile. Les commerçants s’adaptent. Les gouvernements encouragent la digitalisation des paiements pour des raisons fiscales et de traçabilité. Tout pousse dans la même direction.
Un basculement total prendra encore du temps. Mais le cap est fixé. Et le record de 1 432 milliards de dollars en est la preuve la plus convaincante.