Présidentielle au Cameroun : des heurts à Douala après la déclaration du candidat Issa Tchiroma

octobre 16, 2025

La tension est à son comble à Douala. Mercredi, les rues de la capitale économique du Cameroun ont été secouées par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. À l’origine du chaos : une déclaration spectaculaire d’Issa Tchiroma Bakary, candidat à la présidentielle du 12 octobre, qui s’est autoproclamé vainqueur du scrutin. Une annonce qui a mis le feu aux poudres dans un climat politique déjà électrique.

L’opposant Issa Tchiroma s’autoproclame vainqueur

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Issa Tchiroma, figure bien connue de la scène politique camerounaise, a pris tout le monde de court. « Notre victoire est claire, elle doit être respectée », a-t-il lancé face caméra, avec un ton ferme et des promesses de transparence. Il a même annoncé qu’un rapport complet sur les résultats région par région serait bientôt publié. Problème : aucun résultat officiel n’a encore été communiqué, ni par la Commission électorale indépendante ni par la Cour constitutionnelle, qui doit rendre son verdict définitif le 26 octobre 2025.

L’ancien ministre et porte-parole du gouvernement, aujourd’hui reconverti en outsider populaire, a surpris par cette prise de parole anticipée. Sa campagne avait mobilisé des foules impressionnantes, soutenue par une coalition de l’opposition et divers mouvements civiques. Pour ses partisans, cette victoire “volée” doit être rétablie coûte que coûte. Mais pour les autorités, cette sortie publique ressemble davantage à une provocation. Une sortie que le gouvernement a rappelé ‘’contraire’’ aux textes.

Un air de déjà-vu qui inquiète

Cette déclaration unilatérale n’est pas sans rappeler celle de Maurice Kamto en 2018. Lui aussi s’était proclamé vainqueur sans attendre l’annonce officielle, ce qui lui avait valu d’être arrêté. Le Cameroun semble donc revivre un scénario déjà connu : annonces prématurées, manifestations, répression. À Douala, la réaction ne s’est pas fait attendre. La police a dispersé les rassemblements avec des gaz lacrymogènes, tandis que la ville montrait les stigmates des heurts.

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Le pays, toujours marqué par une grave crise anglophone et une corruption omniprésente, est suspendu à la proclamation des résultats. À 92 ans, Paul Biya, président depuis plus de 40 ans, pourrait bien être reconduit une fois encore, mais l’ombre d’un soulèvement populaire plane. En attendant, les regards sont tournés vers Yaoundé, où la vérité des urnes pourrait tout bouleverser… ou raviver les mêmes tensions.

morgan dossou africactu auteur

Morgan DOSSOU

Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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