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L’Afrique face au défi de sa souveraineté numérique

Mardi 14 Juin 2022 / L’Afrique face au défi de sa souveraineté numérique

Les Etats africains doivent consolider leurs états civils et accélérer la numérisation des données publiques. D’énormes enjeux sociaux et économiques en dépendent.

Le Fonds monétaire international (FMI) s’en désolait pendant la pandémie de Covid-19 : en Afrique, une partie des aides financières destinées aux ménages les plus pauvres n’ont pu être distribuées par les Etats et les bailleurs internationaux, faute de savoir comment les envoyer, et surtout à qui. Car comment identifier les ménages les plus vulnérables, sans un système centralisé d’état civil ? Comment repérer les travailleurs informels privés de revenus par les confinements, les enfants déscolarisés, les grossesses précoces ? Comment verser des paiements numériques à des populations sans téléphone portable ?

Selon les derniers rapports de la Fondation Mo Ibrahim, seulement huit pays africains sur 54 disposent d’un système efficace d’enregistrement des décès, rendant peu fiables les chiffres des morts dues au Covid-19 : l’écart serait, selon les pays, de un à huit. La pandémie est venue souligner douloureusement l’évidence : l’Afrique manque de données numériques – et même de données tout court – sur ses populations.

Qui connaît vraiment les citoyens africains ? « Qui est M. Diallo, Mme Koné ou M. N’Diaye ? fait mine de s’interroger Jean-Michel Huet, associé du cabinet BearingPoint et spécialiste des questions liées à la transformation numérique du continent. Quelles sont leurs coordonnées ? Où et quand sont-ils nés, quel âge ont-ils ? Où habitent-ils, que font-ils dans la vie, comment s’appellent leurs enfants, ont-ils un casier judiciaire ? Toutes ces informations de base constituent l’état civil des populations. Les Etats européens disposent tous d’un modèle centralisé et numérisé de gestion de ces données. Or le gros problème en Afrique, c’est que la plupart des Etats n’en ont pas, ou dans un état désastreux. » Selon la Fondation Mo Ibrahim, la moitié des enfants nés sur le continent ne sont pas enregistrés, et donc dépourvus d’existence légale. A l’horizon 2030, ce nombre pourrait dépasser 100 millions en Afrique subsaharienne.

Données brutes

Et pourtant, les informations existent. « On aurait tort de dire que l’Afrique n’a pas de données sur ses citoyens, rappelle Yaya Sylla, président-directeur général de la société ivoirienne de conseil SaH Analytics International. Elle dispose au contraire d’immenses gisements de données, mais sous leur forme brute. » Dans le cas de la Côte d’Ivoire, par exemple, les collectivités locales tiennent les registres des naissances, mariages et décès dans les mairies, mais l’immense majorité de ces fichiers n’existent que sous leur forme physique. Or, pour recenser la population d’un Etat et, partant, pouvoir délivrer les cartes d’identité, les passeports, donner un accès au système de soins, collecter les impôts et distribuer les cartes électorales, seul vaut un système centralisé et digitalisé. « Comme pour les ressources minières, résume Yaya Sylla, l’Afrique doit s’industrialiser, s’emparer de ses ressources et les valoriser. Et cela passera par la numérisation. »


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Source: LeMonde

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