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Elizabeth II : toute l’Afrique ne la pleure pas

Mercredi 14 Septembre 2022 / La reine Elizabeth II d'Angleterre et Nelson Mandela à Pretoria, le 10 novembre 1999. © AFP/THEMBA HADEBE / POOL

Le décès de la souveraine a réveillé un débat sensible sur le passé colonial britannique en Afrique, notamment sur le rôle de celle-ci en tant que cheffe d’État.

Àla naissance d'Elizabeth, en 1926, l'Empire britannique s'étendait sur six continents. Au cours de son règne, qui a commencé en 1952, la plupart des pays parmi les 56 qui composent le Commonwealth ont obtenu leur indépendance, dont beaucoup de nations du continent africain comme le Ghana, le Kenya ou le Nigeria. Sa mort survient à un moment où les pays européens sont sous pression pour assumer leur histoire coloniale, expier les crimes du passé et restituer les objets africains volés conservés pendant des années dans les musées de Londres ou de Paris.

Du Kenya au Nigeria, en passant par l'Afrique du Sud, la mort de la reine Elizabeth II a suscité une avalanche de condoléances des chefs d'État africains, louant une dirigeante « extraordinaire » et partageant les souvenirs de ses fréquentes visites sur le continent en soixante-dix ans de règne. Le président nigérian Muhammadu Buhari et le président kényan Uhuru Kenyatta ont été parmi ceux qui ont exprimé leurs condoléances pour la perte d'une « icône ». Cela dit, le décès du monarque a également ravivé un débat sensible sur le passé colonial en Afrique anglophone, notamment sur le rôle de la reine comme cheffe d'État durant la domination britannique. De nombreux Africains ont ainsi évoqué les tragédies de l'époque coloniale sous son règne.

Le souvenir cruel de la répression contre les Mau Mau

Comme au Kenya, où la révolte des Mau Mau, qui s'est déroulée de 1952 à 1960 contre la domination coloniale, a fait au moins 10 000 morts dans l'une des répressions les plus sanglantes de l'Empire britannique. La Grande-Bretagne a accepté en 2013 – soit plus d'un demi-siècle après – d'indemniser plus de 5 000 Kényans qui avaient subi d'horribles sévices pendant la révolte, dans le cadre d'un accord portant sur près de 20 millions de livres (23 millions d'euros). « La reine laisse un héritage mitigé de la répression brutale des Kényans dans leur propre pays et des relations mutuellement bénéfiques », a écrit The Daily Nation, le principal journal du Kenya, dans un éditorial du week-end. Pour rappel, Elizabeth était en visite au Kenya en 1952, lorsque son père est mort et qu'elle est devenue reine. « Ce qui a suivi a été un chapitre sanglant de l'histoire du Kenya, avec des atrocités commises contre un peuple dont le seul péché était de réclamer l'indépendance. »

Dénonciation du soutien britannique à l'armée fédérale contre le Biafra

Au Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, le scénario à rebours est le même. Le président Muhammadu Buhari a rendu honneur au monarque, déclarant que l'histoire de son pays « ne sera jamais complète sans un chapitre sur la reine Elizabeth II ». De fait, si certains ont loué le rôle qu'elle a joué jusqu'à l'indépendance du Nigeria, d'autres ont souligné qu'elle était cheffe d'État lorsque la Grande-Bretagne a soutenu l'armée nigériane pendant la guerre civile du pays. Il faut rappeler que plus d'un million de personnes sont mortes durant la guerre du Biafra, entre 1967 et 1970, principalement de faim et de maladie, pendant le conflit qui a suivi la déclaration d'indépendance des officiers de l'ethnie igbo dans le sud-est du pays. « Si quelqu'un s'attend à ce que j'exprime autre chose que du mépris pour le monarque qui a supervisé un gouvernement ayant soutenu le génocide qui a massacré et déplacé la moitié de ma famille (…), vous rêvez », a déclaré Uju Anya, universitaire américaine d'origine nigériane, sur Twitter, déclenchant un vif débat sur les réseaux sociaux.

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