Rwanda : pourquoi Paul Kagame ferme des milliers d’églises ?

décembre 27, 2025

Au Rwanda, la fermeture de milliers d’églises évangéliques suscite un débat national et international. Depuis l’adoption d’une loi en 2018 encadrant strictement les lieux de culte, le gouvernement a intensifié ses contrôles, entraînant la suspension ou la fermeture de plus de 10 000 églises. Les autorités justifient cette politique par la nécessité de garantir la sécurité publique, la transparence financière et la cohésion nationale.

Une réglementation stricte des lieux de culte

La loi adoptée en 2018 fixe des exigences précises pour l’exercice des activités religieuses. Les responsables religieux doivent justifier d’une formation théologique reconnue. Les églises doivent aussi disposer d’infrastructures conformes aux normes de sécurité et d’hygiène. Les dons des fidèles doivent transiter par des comptes bancaires officiellement déclarés.

Selon le gouvernement, ces règles visent à lutter contre des pratiques jugées dangereuses ou frauduleuses. Certaines églises opéraient dans des tentes, des grottes ou des bâtiments non adaptés. Les autorités évoquent aussi des soupçons de blanchiment d’argent et d’abus financiers. Les contrôles récents ont ciblé en priorité les structures qui ne respectaient pas ces obligations.

De nombreux pasteurs reconnaissent l’existence de manquements, tout en estimant que l’application de la loi pénalise surtout les églises évangéliques récentes. Le pasteur Sam Rugira affirme que plusieurs fermetures résultent du non-respect des normes incendie, ce qui touche principalement les petites communautés religieuses.

La vision politique et historique de Paul Kagame

Le président Paul Kagame assume publiquement cette politique. Lors d’une conférence de presse en novembre, il a déclaré qu’il ne rouvrirait aucune église si la décision ne dépendait que de lui. Il reproche à certaines institutions religieuses de freiner le développement économique et social du pays. Il affirme que plusieurs d’entre elles ne créent ni emplois ni valeur ajoutée.

Paul Kagame considère aussi l’église comme un héritage de la période coloniale. Il estime que les populations ont été influencées par les colonisateurs et appelle à une réflexion sur le rôle réel des institutions religieuses dans la société rwandaise actuelle.

Certains analystes relient cette fermeté au traumatisme du génocide de 1994. Selon Ismael Buchanan, enseignant à l’Université nationale du Rwanda, la religion a contribué à la reconstruction sociale, mais elle peut aussi servir de vecteur d’influence politique ou sécuritaire. Il juge excessif le nombre de lieux de culte par rapport aux besoins en écoles et en hôpitaux.

Dans un pays où la majorité de la population se dit chrétienne, ces fermetures obligent désormais de nombreux fidèles à parcourir de longues distances pour pratiquer leur culte

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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