Le Maroc et le Portugal ont signé à Lisbonne un mémorandum d’entente pour muscler leur coopération en matière de protection des données personnelles face à l’essor de l’intelligence artificielle et des usages numériques sensibles. L’accord structure un échange d’expertise, de formation et de contrôle entre les deux régulateurs dans un contexte d’accélération technologique et de risques transfrontaliers croissants. Voici les précisions
Un cadre opérationnel pour faire face aux risques émergents
Paraphé au siège de la Commission nationale de protection des données à Lisbonne, l’accord engage sa présidente Paula Meira Lourenço et Omar Seghrouchni, président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel. Les deux institutions se dotent d’un cadre opérationnel pour partager informations sensibles, retours d’expérience et outils d’enquête.
La priorité va aux usages de l’intelligence artificielle, à la manipulation d’images et aux violences numériques. Les deepfakes, la collecte massive de données et les traitements automatisés posent des défis juridiques nouveaux. Les régulateurs veulent harmoniser leurs approches afin d’éviter les angles morts entre leurs systèmes respectifs. Cette convergence limite les failles exploitées par des acteurs opérant au-delà des frontières.
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Deux écosystèmes numériques en forte croissance
Le partenariat s’inscrit dans une dynamique numérique soutenue. Au Maroc, la pénétration d’Internet dépasse 92 pour cent fin 2025 selon DataReportal. Le pays s’impose comme l’un des marchés les plus connectés d’Afrique, ce qui accroît mécaniquement l’exposition aux risques liés aux données personnelles.
Le Portugal affiche de son côté une adoption élevée des outils d’IA générative, d’après une étude de Bain & Company. Surtout, Lisbonne dispose d’une solide expérience dans l’application du Règlement général sur la protection des données, référence mondiale en matière de conformité. Pour Rabat, ce retour d’expérience représente un levier stratégique afin d’anticiper les contentieux et de renforcer la sécurité juridique des acteurs économiques.
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Une coopération ancrée dans les réseaux régionaux
L’accord prévoit des réunions bilatérales annuelles pour évaluer les avancées et ajuster les priorités. Chaque autorité mobilisera ses réseaux internationaux afin d’élargir l’impact de cette coordination. La CNPD pourra s’appuyer sur le Réseau ibéro-américain de protection des données personnelles et le Réseau lusophone de protection des données personnelles. La CNDP marocaine activera pour sa part le Réseau africain des autorités de protection des données personnelles et l’Association francophone des autorités de protection des données personnelles.
Au-delà du symbole diplomatique, ce rapprochement traduit une évolution plus large. La régulation des données ne peut plus rester strictement nationale. L’IA, les plateformes et les flux numériques ignorent les frontières. En coordonnant leurs contrôles et leurs formations, le Maroc et le Portugal cherchent à peser davantage dans les débats internationaux et à protéger plus efficacement leurs citoyens dans un environnement technologique en mutation rapide.