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Salif Keita, le rossignol malinké

Lundi 11 Avril 2016 / Salif Keita, artiste chanteur

Descendant de la dynastie de Soundjata Keita, l’empereur mandingue, le destin princier de Salif Keita était d’être chanté. Pourtant, celui qui va enchanter les stades et les salles de concert de Bamako à Paris sera d’abord un paria. Rejeté à cause de son albinisme, il trouvera le confort dans les chants traditionnels des griots. C’est dans cet univers que l’albinos qui devait être chanté va devenir un des plus grands chanteurs du continent africain.

L’histoire de Salif Keita commence plutôt mal. Il nait le 25 août 1949, à Djoliba au Mali, un village situé au bord du fleuve Niger. Problème, l’enfant est albinos. Dans cette région qui a hérité des superstitions Bambara, Malinké et Soninké, on attribue le mauvais œil aux enfants albinos. Dans une famille descendant directement de la dynastie du fondateur de l’empire mandingue, l’enfant albinos fait tâche. Son père l’envoie vivre chez sa mère, loin de la maison principale et ce, malgré les prédictions d’un chef religieux qui promettent un fulgurant destin à Salif Keita.

Une enfance solitaire avant les premières mélodies salvatrices

L’enfant noir à peau blanche vit une enfance très solitaire. Subissant tous les jours les railleries des autres enfants et pratiquement évité par son père, il se réfugie dans ses études où il excelle dans la lecture et dans la musique.  Cette dernière, il l’apprécie d’abord chez les oiseaux dont il écoute le chant pendant de longs moments. Ensuite, il développe une véritable passion pour les griots. C’est d’ailleurs en écoutant ces poètes-conteurs réciter les exploits et les épopées familiales qu’il apprend le chant. Il décide alors d’en faire son métier. Mais son père, agriculteur, mais surtout descendant de la lignée du grand Soundjata Keita, refuse de voir son fils devenir un vulgaire saltimbanque. La détermination de Salïf Keita le fera alors quitter son village pour Bamako en 1968.

Des débuts très satisfaisants

À la fin des années soixante, Salif Keïta fait ses débuts en prestant dans les cabarets de Bamako. Il devient rapidement une des coqueluches du public local. Son timbre particulier séduira même le saxophoniste Tidiané Koné, qui lui propose d’intégrer son groupe  » Le Rail Band de Bamako « . Il accepte et chante avec ce groupe jusqu’en 1973. Cette année-là, il quitte le  » Le Rail Band de Bamako  » pour rejoindre un autre groupe,  » Les Ambassadeurs « . Ce groupe mené par le guitariste Kanté Manfila lui permet d’acquérir une véritable notoriété locale. Le groupe lui permet même d’exporter sa voix, lors de tournées en Afrique de l’Ouest. En 1978, le groupe s’installe à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Ils y enregistrent  » Mandjou « , leur premier album, qui connaît un grand succès commercial. Fort de leur nouvelle notoriété, Salif Keïta et Kanté Manfila partent pour New-York où ils enregistrent les albums  » Primpin » et  » Toukan  » qui connaissent le même succès que  » Mandjou « .

Apaisement familial et succès international

En 1984, Salif Keita quitte Abidjan pour revenir à Bamako, retrouver sa famille. Les relations avec elle se sont améliorées. Il revient notamment pour rendre visite à son père vieillissant et malade. La même année, il est invité au festival d’Angoulême. Il quitte alors Bamako et part pour la ville française. Sa prestation y sera acclamée par une foule conquise par la voix du rossignol malien. Egalement charmé par la France, Salif Keita quitte alors Bamako pour s’y installer définitivement. Il apprécie définitivement le mouvement afro en plein essor dans le pays. En 1985, Manu Dibango fait appel à Salif Keita pour participer, avec d’autres chanteurs africains, à l’enregistrement d’un titre, « Tam Tam pour l’Afrique ». Le but de l’opération est de collecter des fonds au profit de l’Ethiopie où la famine décime la population.  En 1987, il sort son premier album solo intitulé  » Soro « . Il est produit par les studios Syllart, appartenant au jeune producteur sénégalais, Ibrahima Sylla. Entièrement interprété en Malinké, ce disque aux sonorités blues-rock mandingue connaît un succès immédiat en France mais aussi sur le continent africain. Ses six titres sont arrangés par deux français, François Bréant et Jean-Philippe Rykiel. Le succès de cet album permet à Salif Keita de se retrouver parmi les invités du concert organisé en Angleterre, pour les 70 ans de Nelson Mandela. Il y côtoie des stars telles que Youssou N’Dour ou Ray Lema et devient membre du cercle très fermé des vedettes de la World Music. Il enregistre ensuite les albums  » Ko-Yan  » en 1988,  » Amen  » en 1991. En 1992, le Malien écrit la musique du film de Patrick Grandperret, « L’Enfant Lion », qui raconte l’histoire de son illustre ancètre, Soundjata Keita. Ironie du sort, le descendant de la dynastie impériale y fait une apparition dans le rôle d’un griot. Salif Keita sort  » Folon  » en 1995. Il perd son père peu de temps après la sortie de cet album. Il lui rendra hommage dans un album sorti deux ans après  » Sosie  » (1997), qu’il intitulera  » Papa  » en 1999.  Il prendra alors du recul pour préparer ce qui sera considéré comme son meilleur album.

Il s’agit de  » Moffou « , un opus sorti en 2002. Interprété en Malinké et en Bambara, cet opus qui porte le nom d’une flûte traditionnelle utilisée par les enfants bergers, se révèle être un ensemble d’hymnes à la joie avec des sonorités typiquement africaines. Salif Keita y collabore avec son ami, le guitariste Kanté Manfila. Il part alors pour une série de tournées qui le tiendra éloigné des studios pendant quelques années. Il rentre vivre au Mali en 2004, année où il est distingué à la cérémonie des Kora Awards, pour l’ensemble de sa carrière. De nouveau sur sa terre, proche de ses racines mandingues, il sort en 2005, son album « M’Bemba ». Signifiant grand-père, cet opus, également chanté en Malinké et en Bambara, est un hommage à la mémoire des ancêtres du chanteur. L’album est impérial et rencontre un grand succès. Il l’interprète les années suivantes, lors de nombreuses tournées européennes. En 2009, il sort son album « La différence ». Il y aborde la discrimination des albinos, mais parle également de la décadence politique en Afrique. La trompette du Libanais Ibrahim Maalouf donne à cet album des saveurs arabes, prouvant une volonté d’un Salif Keita, désormais âgé de soixante ans, de s’ouvrir un peu plus au monde.

Salif Keita a tenté une brève incursion dans la vie politique de son pays. Son échec à accéder à l’Assemblée nationale en 2007, lui laisse sa musique pour manifester son militantisme. Musicalement, le Malien continue d’écrire sa légende. Lors de la cérémonie des Victoires de la musique en 2010, il obtient une Victoire dans la catégorie « Album musiques du monde de l’année ». Par ailleurs, sa fille Nantenin Keita, de nationalité française, déjà championne du monde en 2006, est également championne olympique 2008 du 400 m lors des Jeux paralympiques d’été en 2008. En 2014, Salif Keita participe, en tant qu’invité d’honneur, au festival de musique du monde Esperanzah. Il semblerait bien que le rossignol albinos ne soit plus aussi rejeté que ça !


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