Au Burkina faso, deux figures du Balai citoyen relâchées après huit mois de « réquisition »

octobre 7, 2025

Huit mois après leur disparition forcée, les militants Aboudou Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo du mouvement Balai citoyen ont retrouvé la liberté. Leur arrestation en février 2024, suivie d’une réquisition controversée par les autorités militaires, avait suscité l’indignation des défenseurs des droits humains. Cette libération soulève des interrogations sur l’usage de la force publique à des fins politiques et sur la réalité des libertés civiles dans le Burkina Faso dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré.

Des arrestations sous tension dans un climat politique répressif

Aboudou Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo avaient été arrêtés respectivement les 20 et 21 février 2024, sans mandat connu, par des individus en civil. Ces interpellations s’inscrivaient dans une série d’actions ciblant des personnalités critiques à l’égard de la transition militaire. Les deux hommes, membres éminents du Balai citoyen, un mouvement actif depuis l’insurrection populaire de 2014, sont apparus peu après dans l’émission militaire Parole combattant, vêtus d’uniformes et présentés comme des volontaires engagés sur le front.

Le gouvernement a justifié leur disparition par une « réquisition », en vertu d’un décret autorisant l’enrôlement forcé de citoyens pour combattre l’insurrection djihadiste. Une pratique qui, selon plusieurs ONG, s’apparente davantage à un instrument de coercition politique qu’à une véritable mesure de sécurité. Cette affaire a ravivé les critiques contre la junte au pouvoir, accusée de museler les voix discordantes et de saper les fondements démocratiques du pays.

Une libération discrète, des implications majeures pour la société civile

La remise en liberté des deux activistes est intervenue le 7 octobre 2025, sans communiqué officiel, ni reconnaissance d’erreur. Aucun motif n’a été fourni, laissant planer le doute sur les raisons de cette libération tardive. Pour de nombreux observateurs, cette décision résulte d’un subtil équilibre entre pressions internes, mobilisations citoyennes discrètes et image internationale du régime.

Cette issue remet au centre du débat les conditions d’incorporation des civils dans les forces de sécurité, au nom de la lutte antiterroriste. Elle interroge aussi sur le sort d’autres citoyens « réquisitionnés » sans transparence ni contrôle judiciaire. Le Balai citoyen, en dénonçant la banalisation de telles pratiques, alerte sur un climat de peur et de répression croissante.

Dans un pays confronté à une insécurité endémique et à une instabilité politique prolongée, la société civile joue un rôle vital dans le maintien des équilibres démocratiques. La libération de Zinaba et Badjo marque peut-être un recul tactique du pouvoir, mais ne dissipe pas les inquiétudes sur l’avenir des libertés publiques au Burkina Faso.

Morgan Dossou
morgan dossou africactu auteur

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

Laisser un commentaire