RDC : la Cenco dénonce la condamnation à mort de Joseph Kabila

octobre 7, 2025

RDC : la Cenco dénonce la condamnation à mort de Joseph Kabila

La condamnation à mort de l’ancien président congolais Joseph Kabila a provoqué un tollé au sein de la classe politique et religieuse. Au cœur de cette agitation, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a exprimé une vive inquiétude, dénonçant une décision contre-productive pour la cohésion nationale et contraire aux principes fondamentaux du droit à la vie. Alors que la RDC traverse une période de fortes tensions internes, la prise de position de l’Église catholique pourrait peser dans l’équilibre déjà fragile du pays.

Une peine jugée dangereuse et expéditive

La Cenco n’a pas tardé à réagir à l’annonce de la condamnation à mort de Joseph Kabila, prononcée par la Haute Cour militaire. Par la voix de son secrétaire général, Monseigneur Donatien Nshole, elle a exprimé sa « stupeur » et qualifié cette décision de « verdict pénal expéditif ». Selon lui, une telle sentence risque de miner davantage la stabilité politique de la République démocratique du Congo.

En évoquant le rôle d’« acteur majeur » que représente encore Kabila dans le paysage congolais, l’Église invite à une lecture moins punitive et plus stratégique de la situation. « Sa condamnation à mort ne va pas servir le pays », a affirmé Monseigneur Nshole, ajoutant que cette mesure pourrait compromettre tout effort de réconciliation nationale. Pour la Cenco, le respect du droit à la vie reste une valeur non négociable, inscrite au cœur de sa doctrine, ce qui rend l’usage de la peine capitale inacceptable, même dans un contexte judiciaire tendu.

Sur le plan religieux, cette position rejoint les orientations du Vatican, qui condamne systématiquement l’usage de la peine de mort, quelle que soit la gravité des faits reprochés. En RDC, où l’institution catholique joue un rôle central dans les processus électoraux, sociaux et même militaires, son positionnement n’est jamais neutre.

Vers un dialogue inclusif pour éviter une escalade de la crise politique

Au-delà de la dénonciation morale, la Cenco propose une alternative : un dialogue national élargi. Cette ouverture inclurait non seulement les forces politiques mais aussi les groupes armés actifs dans l’est du pays. En réintégrant Kabila dans les discussions, l’Église mise sur sa capacité d’influence pour apaiser les tensions actuelles.

Cette perspective s’inscrit dans une stratégie plus large d’équilibre entre justice et stabilité. L’idée n’est pas de nier les accusations portées à l’encontre de l’ancien président, mais de replacer la justice dans un cadre politique plus large, où la cohésion nationale prime sur les règlements de compte. La Cenco évoque ainsi l’urgence de sortir d’une logique de confrontation judiciaire au profit d’une négociation inclusive.

Ce positionnement s’inscrit dans la continuité des médiations ecclésiales en RDC, qui ont déjà permis par le passé de désamorcer des crises électorales, notamment en 2016 lors des tensions post-Kabila. Il souligne également le poids politique réel de l’Église dans les équilibres institutionnels d’un pays où les mécanismes judiciaires sont souvent perçus comme instrumentalisés.

Le rejet par la Cenco de la peine capitale prononcée contre Joseph Kabila intervient dans un moment charnière pour la République démocratique du Congo. En appelant au dialogue et à l’inclusion, l’institution religieuse réaffirme son rôle d’arbitre moral dans la vie politique du pays, tout en tendant la main à une issue non-violente à la crise en cours.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

Laisser un commentaire