Les représentants des Agences de Promotion des Investissements (API) des États membres de l’UEMOA se sont réunis, le mercredi 12 novembre 2025 à Cotonou, à l’invitation de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de la Commission de l’UEMOA. L’objectif : transformer les investissements directs étrangers en leviers de création d’emplois décents et durables. Cet atelier régional, tenu à l’hôtel Azalaï, marque une étape clé dans la construction d’une stratégie commune alliant attractivité économique, inclusion sociale et durabilité environnementale dans la sous-région ouest-africaine.
Renforcer la cohérence entre attractivité économique et justice sociale
Dans un contexte où les investissements directs étrangers (IDE) dans l’UEMOA ont progressé de 2,5 à 4,1 milliards de dollars entre 2013 et 2022, la question de leur impact social et qualitatif devient centrale. Ouvrant les travaux, Ndeye Coumba Diop, directrice du Bureau pays de l’OIT pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Togo, a rappelé l’importance de replacer l’humain au cœur de l’économie.
« C’est tout mon engagement que je dois vous offrir en tant que partenaire, et l’OIT s’est engagée depuis. Je suis sûre qu’avec votre participation, vous avez démontré aussi votre ouverture d’esprit et votre engagement vers ce changement qui a un impact dans la vie des Africains et des Africaines », a-t-elle déclaré. L’OIT réaffirme ainsi les quatre piliers du travail décent : création d’emplois, droits au travail, protection sociale et dialogue social. Ces principes, inscrits dans l’Objectif de développement durable n°8, constituent la base des politiques d’investissement que les pays de l’UEMOA sont appelés à promouvoir.
De son côté, Ibrahima Karambe, conseiller au bureau de l’UEMOA au Bénin, a salué le renforcement de la coopération entre la Commission et l’OIT. Il a rappelé la continuité des actions engagées, notamment après la formation organisée à Turin en mai 2025 sur la facilitation des investissements durables. « La Commission collabore avec l’OIT en vue de renforcer les capacités des API dans la facilitation d’investissements durables pour le travail décent », a-t-il indiqué, insistant sur la nécessité d’aligner les politiques d’investissement sur les enjeux sociaux et environnementaux.
Réformer les accords d’investissement pour une croissance plus inclusive
L’un des temps forts de l’atelier a été l’intervention de Hamed El Kady, coordinateur à la section des accords internationaux d’investissement à ONU Commerce et Développement, qui a plaidé pour une révision des traités bilatéraux d’investissement dans l’espace UEMOA. « Autrefois, la réussite d’une politique d’investissement se mesurait principalement à travers des indicateurs quantitatifs : combien d’argent, j’ai reçu, combien d’emplois ont été créés ? », a-t-il rappelé, avant d’ajouter : « Aujourd’hui, il faut inclure des aspects qualitatifs, tels que l’impact sur l’économie locale, la cohérence avec les stratégies nationales de développement et la nature des emplois créés ».
Selon lui, la plupart des 118 traités bilatéraux d’investissement conclus avant 2009 ne protègent pas suffisamment le droit des États à réglementer ni n’encouragent la création d’emplois décents. « Il y a donc urgence à moderniser ces accords », a-t-il insisté. La spécialiste de l’OIT, Josée Laporte, a ensuite présenté la Déclaration des principes tripartites sur les entreprises multinationales et la politique sociale, soulignant la responsabilité des entreprises dans la création d’emplois de qualité.
« On travaille avec différents partenaires pour promouvoir la conduite responsable des entreprises à travers les opérations et les investissements. Notre objectif est d’attirer des investissements directs étrangers qui se traduisent par du travail décent », a-t-elle expliqué. Elle a également insisté sur l’importance d’un suivi rigoureux des investissements et de l’adoption d’indicateurs communs au sein de l’UEMOA : « Il est important d’évaluer si les investissements se traduisent par des emplois plus nombreux et de meilleure qualité ». L’OIT et la Commission de l’UEMOA envisagent désormais d’intégrer les recommandations issues de cet atelier dans les prochaines réformes des codes d’investissement. Un système régional de suivi des IDE devrait voir le jour pour garantir la cohérence avec les objectifs de croissance inclusive et de durabilité environnementale.
Vers une harmonisation régionale pour des investissements responsables
L’atelier de Cotonou, soutenu financièrement par la France et plusieurs partenaires techniques comme l’OCDE, l’ONUDI et la Confédération syndicale internationale – Afrique, s’inscrit dans une dynamique régionale de modernisation des pratiques économiques. Comme l’a conclu Josée Laporte, « Cet atelier est une étape clé pour faire des investissements un moteur de création d’emplois de qualité et de prospérité partagée, afin de faire du travail décent une réalité dans la région ».
Les conclusions de ces deux jours de travaux serviront de base à une nouvelle coopération OIT–UEMOA, orientée vers une économie régionale compétitive, éthique et durable, où chaque investissement devient un levier de justice sociale et de développement humain.