Côte d’Ivoire : arrestation d’un proche de Laurent Gbagbo

novembre 5, 2025

La tension politique monte d’un cran en Côte d’Ivoire. Ce mardi 4 novembre 2025, le procureur de la République d’Abidjan, Koné Braman Oumar, a annoncé l’arrestation de Damana Adia Pickass, vice-président du PPA-CI et figure de premier plan de l’opposition proche de l’ex-président Laurent Gbagbo. L’homme politique a été interpellé à Bingerville, en périphérie d’Abidjan, dans le cadre d’une enquête liée à des « appels à l’insurrection » et une supposée « tentative de renversement des institutions ».

Arrestation dans un climat de répression post-électorale

Cette arrestation intervient près de trois semaines après une marche interdite organisée le 11 octobre dernier par l’opposition, pour protester contre le scrutin présidentiel du 25 octobre 2025, remporté par le président sortant Alassane Ouattara et qualifié de « biaisé » par plusieurs leaders politiques. Cette marche, brutalement dispersée par les forces de sécurité, avait débouché sur une vague d’interpellations qui n’a cessé de s’amplifier.

Selon les chiffres avancés par le procureur, plus de 700 personnes ont été arrêtées à la suite de ces mobilisations, parmi lesquelles une centaine ont déjà été jugées et condamnées. En sa qualité de directeur de la Section antiterroriste du Tribunal de première instance d’Abidjan, Koné Braman Oumar a insisté sur la détermination des autorités judiciaires à réagir avec « fermeté » aux appels à la violence.

L’arrestation de Damana Pickass apparaît comme un signal fort envoyé par le pouvoir à l’opposition. Figure emblématique de la ligne dure, connu pour ses positions fermes depuis la crise post-électorale de 2010-2011, Pickass connaît bien les rouages du militantisme. En 2011, il était célèbre pour avoir refusé de certifier les résultats de l’élection présidentielle lors de la période de crise, devenant l’un des symboles de la résistance pro-Gbagbo.

Un nouveau front ouvert entre le pouvoir et le PPA-CI

Le parti PPA-CI, créé par Laurent Gbagbo après son retour d’exil en 2021, traverse une nouvelle période de turbulences. Plusieurs cadres du mouvement ont été convoqués par la justice ou arrêtés ces dernières semaines, alors que le parti conteste la légitimité du processus électoral. Le président du parti, Laurent Gbagbo, n’a pas encore réagi publiquement à l’arrestation de son vice-président, mais cette nouvelle pourrait envenimer davantage les relations déjà tendues entre le pouvoir en place et l’opposition.

L’arrestation de Damana Pickass, au-delà de son immédiat aspect judiciaire, s’inscrit dans un bras de fer politique prolongé qui se joue entre le camp Ouattara, soucieux d’afficher une main mise totale sur le pays, et un PPA-CI en quête de mobilisation populaire et de légitimité institutionnelle.

À l’approche des échéances électorales législatives prévues en 2026, cette situation laisse présager une période de forte instabilité, où le rapport de force semble se déplacer progressivement du terrain politique vers celui de la justice. Reste à savoir si cette stratégie répressive renforcera le pouvoir ou si elle ravivera les tensions d’un pays encore marqué par une décennie de crises politiques.

Morgan Dossou
morgan dossou africactu auteur

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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