Quinze militaires ont été tués dans une attaque djihadiste contre une position de l’armée dans le nord du Bénin. L’assaut, revendiqué par un groupe lié à Al-Qaïda, a visé un camp près de Karimama, à proximité de la frontière avec le Niger. Les autorités affirment avoir repris le contrôle de la zone, mais cette nouvelle offensive confirme l’intensification de la menace djihadiste dans le nord du pays. Les précisions
Une attaque meurtrière contre un camp militaire
L’attaque s’est produite dans la nuit du 4 au 5 mars contre une position des Forces armées béninoises située près du village de Kofouno, dans le département de l’Alibori. Cette localité se trouve à quelques kilomètres de la frontière nigérienne, dans une zone devenue particulièrement sensible ces dernières années.
Selon le porte-parole de l’armée, le colonel James Johnson, l’assaut a fait quinze morts dans les rangs de l’armée et cinq blessés dont le pronostic vital n’est pas engagé. Les forces béninoises affirment avoir repoussé les assaillants et maintenu le contrôle du camp après l’attaque.
La riposte militaire a mobilisé des moyens aériens pour poursuivre les combattants en fuite. L’armée indique qu’une colonne de djihadistes a été interceptée pendant son repli, ce qui aurait permis de neutraliser au moins quatre assaillants et de détruire plusieurs motos utilisées pour l’attaque.
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L’opération Mirador au cœur de la stratégie sécuritaire
Face à la multiplication des incursions armées dans le nord du pays, le gouvernement béninois a lancé en 2022 une vaste opération de sécurisation baptisée Opération Mirador. Cette force spéciale devait initialement mobiliser environ 3 000 soldats.
Les effectifs ont ensuite été renforcés avec le recrutement de 5 000 militaires supplémentaires afin de consolider la présence de l’État dans les zones frontalières. L’objectif consiste à empêcher l’infiltration de groupes armés venus du Sahel et à protéger les populations locales.
Plusieurs partenaires internationaux soutiennent également cet effort militaire. Les États-Unis ont fourni des véhicules blindés, du matériel balistique et des équipements de communication. De son côté, l’Union européenne a annoncé en 2024 une aide de 47 millions d’euros destinée à renforcer les capacités de l’armée béninoise.
Selon la chercheuse Ella Abatan de l’Institute for Security Studies, ces investissements ont permis d’améliorer l’équipement et la présence militaire dans le nord. Elle estime toutefois que la vigilance doit rester maximale dans une zone où les groupes armés conservent une forte capacité de mobilité.
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Le nord du Bénin devenu un nouveau front djihadiste
Depuis plusieurs années, les régions septentrionales du Bénin sont confrontées à une montée des violences liées aux groupes djihadistes actifs dans le Sahel. Les autorités attribuent la plupart des incursions à des combattants affiliés à l’État islamique ou au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.
Les attaques se concentrent principalement dans les zones frontalières avec le Niger et le Burkina Faso, où les groupes armés disposent de bases arrière et de réseaux logistiques. Selon les données de l’ACLED, l’année 2025 a été la plus meurtrière pour les forces de sécurité béninoises.
En avril 2025, une attaque attribuée au JNIM avait déjà coûté la vie à 54 soldats dans la même région. Pour le spécialiste du Sahel Seidik Abba, cette dynamique traduit une stratégie d’expansion des groupes djihadistes vers les pays du golfe de Guinée.
Les vastes zones forestières et les parcs du complexe W-Arly-Pendjari offrent des refuges naturels aux combattants qui cherchent à échapper aux opérations militaires. Cette configuration favorise des attaques ponctuelles et des infiltrations régulières, sans pour autant permettre un contrôle territorial durable comme dans certaines régions du Sahel.
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