Manioc en Afrique : 33 % des terres menacées par une maladie virale

mars 16, 2026

Une menace silencieuse pèse sur l’un des aliments les plus consommés en Afrique. Selon une étude scientifique récente, la striure brune du manioc pourrait s’étendre sur près de 33,7 % des terres du continent dans les prochaines décennies. Cette maladie virale, considérée comme la plus destructrice pour cette culture, fait craindre une aggravation de l’insécurité alimentaire dans plusieurs régions africaines.

Une maladie redoutée pour l’une des cultures clés du continent

Le manioc occupe une place centrale dans l’alimentation en Afrique subsaharienne. Il représente le deuxième aliment de base le plus consommé après le maïs. Des millions de ménages ruraux dépendent de cette culture pour leur sécurité alimentaire et leurs revenus. Selon une étude publiée le 16 janvier 2026 dans l’East African Journal of Science, Technology and Innovation, les zones favorables à la propagation de la striure brune pourraient couvrir environ 10,2 millions de kilomètres carrés, soit près du tiers de la superficie africaine.

Les chercheurs expliquent que la maladie provoque une nécrose des racines du manioc. Ces racines constituent la partie comestible de la plante. Lorsque l’infection se développe, les récoltes deviennent impropres à la consommation et entraînent des pertes agricoles importantes. Les analyses montrent que 54,6 % du continent, soit environ 16,2 millions de kilomètres carrés, présentent aujourd’hui des conditions favorables à la culture du manioc. Cette vaste zone couvre principalement les régions tropicales et subtropicales d’Afrique subsaharienne.

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Les foyers actuels concentrés en Afrique de l’Est

Historiquement, la striure brune du manioc est restée confinée pendant plus de sept décennies aux régions côtières d’Afrique de l’Est. Les principaux foyers de la maladie se situent actuellement en Tanzanie et au Mozambique. Selon les projections scientifiques, les zones les plus vulnérables dans les années à venir incluent la côte est de la Tanzanie ainsi que les régions proches des Grands Lacs. L’Ouganda et le sud-est de la République démocratique du Congo figurent également parmi les territoires à risque.

D’autres pays sont déjà touchés par des foyers de contamination. C’est notamment le cas du Malawi, du Rwanda, du Burundi et de l’Angola. Le nord de la Zambie apparaît aussi comme une zone particulièrement exposée à la propagation du virus. Les chercheurs soulignent que la maladie se propage principalement par la mouche blanche, un insecte vecteur appelé Bemisia tabaci.

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Le changement climatique accélère la propagation

L’évolution du climat joue un rôle important dans l’expansion de la striure brune du manioc. Les températures plus élevées et l’augmentation de l’humidité favorisent l’adaptation de la mouche blanche à de nouveaux environnements. Autrefois, cet insecte avait du mal à survivre au-delà de 1 000 mètres d’altitude. Les chercheurs constatent aujourd’hui que cette barrière naturelle devient de moins en moins efficace.

Les modifications des régimes de pluies et la hausse des températures facilitent l’expansion du vecteur vers de nouvelles zones agricoles. Les régions des Grands Lacs africains apparaissent particulièrement vulnérables à ce phénomène. Cette évolution climatique crée donc des conditions favorables à l’extension géographique de la maladie.

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L’Afrique de l’Ouest pourrait être touchée à son tour

Jusqu’à présent, la striure brune du manioc n’a pas été signalée en Afrique de l’Ouest. Les modèles scientifiques indiquent pourtant que cette région pourrait devenir favorable à la propagation du virus dans les prochaines décennies. Des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria présentent déjà des conditions climatiques propices au développement de la maladie. Les chercheurs considèrent donc que la surveillance agricole devra être renforcée dans ces zones.

Un autre facteur de propagation concerne le matériel végétal utilisé pour la plantation. Dans de nombreux pays africains, les boutures de manioc circulent dans des circuits informels sans contrôle sanitaire strict. Cette situation augmente le risque de diffusion de plants infectés. Elle contraste avec l’organisation des filières en Asie, notamment en Thaïlande, premier exportateur mondial de produits à base de manioc, où des systèmes de distribution certifiés existent.

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Les scientifiques appellent à des mesures urgentes

Face à cette menace, les chercheurs recommandent plusieurs actions prioritaires pour limiter l’impact de la maladie. La première consiste à développer et diffuser des variétés de manioc résistantes à la striure brune. Les scientifiques préconisent également la mise en place de systèmes de distribution de boutures certifiées, garantissant des plants exempts de maladies. Un contrôle plus strict des circuits informels de commercialisation du matériel végétal est également jugé nécessaire.

Le manioc possède une capacité remarquable à résister à la sécheresse et aux températures élevées. Cette caractéristique en fait une culture stratégique dans un contexte marqué par le changement climatique. Protéger cette ressource agricole apparaît donc essentiel pour éviter une aggravation de l’insécurité alimentaire sur le continent africain.

Enagnon Wilfried ADJOVI

Enagnon Wilfried ADJOVI

Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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