Le président du Ghana, John Dramani Mahama, se retrouve au cœur d’une controverse politique après avoir utilisé le jet privé de son frère Ibrahim Mahama pour des déplacements officiels. Le gouvernement affirme que cette solution temporaire permet d’économiser l’argent public en attendant l’achat d’un nouvel avion présidentiel. L’opposition, elle, évoque un possible conflit d’intérêts et réclame des explications.
Le gouvernement défend une mesure pour réduire les coûts
La polémique a éclaté après plusieurs déplacements internationaux du président ghanéen à bord de l’avion appartenant à son frère, un entrepreneur influent en Afrique de l’Ouest. Selon le ministre chargé des Communications gouvernementales, Felix Kwakye Ofosu, cette décision vise avant tout à limiter les dépenses de l’État.
Lors d’une intervention médiatique, il a expliqué que l’actuel avion présidentiel connaît des problèmes techniques fréquents. Ces défaillances soulèvent des questions liées à la sécurité, à la fiabilité et aux coûts de maintenance de l’appareil. Face à cette situation, l’armée de l’air ghanéenne aurait recommandé au gouvernement d’acquérir un nouvel avion présidentiel. Le processus d’acquisition aurait déjà été lancé, mais il pourrait prendre du temps avant la livraison du futur appareil.
Pendant cette période de transition, le président doit continuer à effectuer des missions diplomatiques. Le gouvernement affirme que l’utilisation du jet appartenant à Ibrahim Mahama représente une solution moins coûteuse que la location d’avions privés. Selon Felix Kwakye Ofosu, l’administration précédente aurait dépensé environ 18 000 dollars par heure pour affréter des avions privés lors de déplacements présidentiels. Le dispositif actuel vise à éviter ce type de dépenses.
Dans ce cadre, l’État prend uniquement en charge certains frais. Le gouvernement paie notamment le carburant utilisé pendant les voyages officiels, tandis que les pilotes sont rémunérés directement par le propriétaire de l’appareil. Les charges liées aux atterrissages à l’étranger peuvent également être couvertes par l’État si nécessaire. Le ministre estime que cette formule constitue une solution pragmatique pour protéger les finances publiques. Il affirme que l’objectif est d’éviter de mobiliser des fonds publics pour la location d’appareils coûteux.
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L’opposition dénonce un possible conflit d’intérêts
Malgré ces explications, la pratique suscite une forte contestation dans les rangs de l’opposition. Plusieurs responsables politiques affirment que cette situation pourrait créer un conflit d’intérêts. Le député de Walewale, Abdul Kabiru Tiah Mahama, a notamment critiqué l’arrangement. Selon lui, l’utilisation d’un avion appartenant à un membre de la famille du président pourrait violer le code de conduite des responsables publics.
Le parlementaire estime que les dirigeants doivent éviter toute situation susceptible de créer une perception de favoritisme ou d’avantage personnel. Pour lui, le simple fait que l’avion appartienne au frère du président place la décision dans une zone éthique sensible. Il considère que les responsables politiques doivent rester irréprochables afin de préserver la confiance du public. Selon lui, même l’apparence d’un conflit d’intérêts peut fragiliser la crédibilité des institutions.
Le député a également rappelé que des débats similaires avaient eu lieu dans le passé concernant les déplacements officiels des présidents ghanéens. À l’époque, certaines figures politiques aujourd’hui au pouvoir avaient critiqué les pratiques de leurs prédécesseurs. Selon lui, d’autres solutions auraient pu être envisagées. Il suggère notamment que le président aurait pu voyager sur des vols commerciaux, en classe affaires, afin d’éviter toute controverse.

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Un débat politique qui divise le Ghana
La controverse intervient alors que le président Mahama effectue plusieurs déplacements internationaux. Il s’est notamment rendu récemment en Corée du Sud, en Éthiopie pour un sommet de l’Union africaine, ainsi qu’en Tanzanie pour un événement lié à la Cour africaine des droits de l’homme. Au centre du débat figure Ibrahim Mahama, l’homme d’affaires propriétaire de l’avion utilisé par le chef de l’État. Considéré comme l’un des entrepreneurs les plus influents de la région, il possède des entreprises dans plusieurs secteurs, notamment les mines, la construction et l’agriculture.
Les critiques politiques soulignent que sa proximité familiale avec le président rend la situation particulièrement sensible. Le gouvernement, de son côté, insiste sur le caractère temporaire de cette solution. Felix Kwakye Ofosu affirme que la controverse n’aurait pas lieu si l’État disposait déjà d’un avion présidentiel pleinement opérationnel. Selon lui, l’absence d’un appareil fiable oblige le gouvernement à adopter des solutions alternatives.
Les autorités assurent que l’achat d’un nouvel avion présidentiel est en cours d’étude. L’objectif serait de garantir des déplacements sécurisés et réguliers pour le chef de l’État tout en réduisant les coûts de maintenance à long terme. En attendant cette acquisition, l’utilisation du jet privé familial continue d’alimenter le débat public. Le sujet reste particulièrement sensible dans un contexte politique où les questions d’éthique et de gestion des fonds publics occupent une place centrale.