La Banque centrale du Nigeria a décidé de limiter à une seule fois le changement du numéro de téléphone lié au BVN. Cette mesure, annoncée le 12 mars 2026, vise à freiner la fraude dans les paiements numériques. Elle entrera en vigueur le 1er mai 2026 et concerne des millions d’utilisateurs. Voici ce que cela change concrètement.
Une décision pour contrer une fraude en forte hausse
La Banque centrale du Nigeria resserre le contrôle sur le Bank Verification Number utilisé dans tout le système bancaire. Ce numéro relie chaque client à ses données biométriques et permet une identification unique. En mars 2026, plus de 68,6 millions de personnes étaient enregistrées dans ce système devenu central. Le numéro de téléphone associé au BVN joue un rôle clé dans la sécurité des comptes. Il sert aux mots de passe à usage unique, aux alertes et à la récupération d’accès.
Selon les autorités, ce point est devenu une cible privilégiée pour les fraudeurs. Les attaques par échange de carte SIM permettent de détourner ces numéros et d’accéder aux comptes. En effet, les données du Nigeria Inter Bank Settlement System montrent une montée inquiétante des fraudes. En 2023, plus de 62 901 cas d’escroqueries par ingénierie sociale ont été recensés.
Ces pratiques reposent souvent sur la manipulation des identités numériques et des numéros mobiles. La nouvelle règle limite donc à une seule modification à vie du numéro lié au BVN. L’objectif est de réduire les changements abusifs qui facilitent la prise de contrôle frauduleuse des comptes. Selon le régulateur, cette restriction renforce la traçabilité et limite les manipulations d’identité.
A lire également : Paiements numériques en Afrique francophone : la confiance devient le vrai levier de croissance
Un arsenal renforcé pour sécuriser les paiements numériques
Cette mesure s’inscrit dans un dispositif plus large de lutte contre la fraude financière. La Banque centrale a introduit un système de liste de surveillance pour les transactions suspectes. Une banque peut désormais bloquer temporairement un BVN pendant 24 heures en cas d’activité douteuse. Durant cette période, les établissements doivent contacter le client pour vérifier l’opération. Ce mécanisme agit comme une pause de sécurité avant la circulation des fonds. Il permet d’éviter que des transactions frauduleuses ne se propagent dans le système financier.
Par ailleurs, de nouvelles règles encadrent l’usage des applications bancaires mobiles. Chaque application devra être liée à un seul appareil, ce qui limite les accès multiples. Lors d’un changement de téléphone, une authentification renforcée sera exigée. Les nouveaux comptes ou applications activées seront aussi soumis à des restrictions. Une limite de 20 000 nairas s’appliquera pendant les premières 24 heures. Cette mesure vise à réduire les fraudes rapides après l’ouverture ou la réactivation d’un compte.
Selon les autorités, ces règles accompagnent l’essor massif des paiements numériques au Nigeria. Au premier trimestre 2025, les transactions instantanées ont atteint près de 285 billions de nairas. Cette croissance s’accompagne d’une hausse spectaculaire des pertes liées à la fraude, estimées à 3,29 milliards de nairas sur la même période.

A lire également : Nigeria : 5 % du PIB désormais mobilisés pour financer l’industrialisation nationale
Une stratégie globale face à l’explosion des usages digitaux
Le Nigeria s’impose comme l’un des marchés les plus dynamiques d’Afrique en matière de fintech. L’adoption des services bancaires mobiles et des paiements instantanés progresse rapidement. Cette transformation attire aussi des réseaux criminels de plus en plus sophistiqués. Face à cette évolution, les régulateurs renforcent les mécanismes d’identification numérique. Le BVN et le numéro d’identité national deviennent des piliers du système financier. Ils permettent de suivre les activités des utilisateurs sur l’ensemble des institutions.
La Banque centrale mise également sur des technologies avancées pour détecter les fraudes. L’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique sont désormais intégrés dans les outils de conformité. Ces solutions doivent améliorer la détection en temps réel des transactions suspectes. Les clients bénéficient aussi de nouvelles options de sécurité. Ils peuvent désactiver les virements instantanés s’ils le souhaitent. Les limites de transaction peuvent être ajustées sous réserve de contrôles renforcés.
L’ensemble de ces mesures traduit une volonté claire de sécuriser un écosystème en pleine expansion. Le défi consiste à maintenir la croissance des paiements numériques tout en limitant les risques. Le Nigeria tente ainsi de trouver un équilibre entre innovation financière et protection des utilisateurs.