La Banque centrale du Nigeria a enclenché un nouveau cycle d’assouplissement monétaire en procédant à sa première baisse de taux depuis novembre. Une décision très attendue par les marchés, qui marque un virage stratégique après des mois de politique restrictive destinée à freiner l’inflation et stabiliser la monnaie.
Une réduction de taux inférieure aux attentes
Alors que six économistes interrogés par Bloomberg anticipaient la plus forte baisse depuis 2020, certains misant sur une réduction de 100 points de base, le Comité de politique monétaire a finalement opté pour un ajustement plus mesuré de 50 points de base. Le taux directeur passe ainsi de 27 % à 26,50 %.
Ce choix reste légèrement au-dessus des 26 % attendus par les analystes sondés par Reuters, traduisant une approche prudente de la part du gouverneur Olayemi Cardoso. Selon lui, cette décision repose sur une « évaluation équilibrée des risques », la trajectoire actuelle de désinflation étant jugée encourageante.
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Inflation en recul et naira renforcée
L’environnement macroéconomique s’est amélioré ces derniers mois. L’inflation annuelle a reculé à 15,1 % en janvier, enregistrant son dixième mois consécutif de ralentissement. La détente des prix alimentaires et la stabilité du taux de change ont contribué à cette évolution.
La naira s’est appréciée de plus de 6 % depuis le début de l’année. L’ouverture du marché officiel des changes aux bureaux de change a renforcé la liquidité en dollars et réduit l’écart entre les taux officiel et parallèle. Les réserves de change, estimées à environ 49 milliards de dollars, offrent également une marge de manœuvre supplémentaire aux autorités monétaires.
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Un cycle d’assouplissement appelé à se poursuivre
Pour plusieurs analystes, la politique monétaire nigériane demeure restrictive malgré cette première baisse. Capital Economics estime que le taux pourrait être ramené à 19 % d’ici la fin de l’année, soit un total de 750 points de base d’assouplissement supplémentaires.
Goldman Sachs observe que les rendements des opérations d’open market ont déjà baissé d’environ 150 points de base ces derniers mois, signal souvent précurseur d’un mouvement sur le taux directeur. Cette dynamique pourrait donc annoncer d’autres ajustements dans les mois à venir.
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Soutenir la croissance sans raviver les tensions inflationnistes
Le gouvernement du président Bola Tinubu poursuit ses réformes économiques engagées depuis 2023 pour renforcer les finances publiques et stimuler l’investissement. La baisse du coût du crédit vise à soutenir l’activité dans un contexte encore marqué par des défis structurels, notamment l’insécurité et la pauvreté persistante.
Le gouverneur Cardoso a toutefois mis en garde contre les risques liés à une augmentation des dépenses publiques à l’approche des élections générales prévues l’an prochain. Une liquidité excessive dans le système bancaire pourrait compromettre la stabilité des prix si elle n’est pas maîtrisée.
Ce premier geste d’assouplissement marque ainsi un équilibre délicat entre relance de la croissance et préservation de la stabilité macroéconomique. Les prochains mois diront si le Nigeria s’engage durablement dans le cycle de baisse le plus marqué depuis la pandémie de 2020.