À Madagascar, le processus de transition politique connaît un nouveau tournant. Le colonel Michaël Randrianirina, à la tête du pays depuis octobre 2025, a décidé de dissoudre l’ensemble du gouvernement et de mettre fin aux fonctions du Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo. L’annonce a été faite lundi 9 mars dans un communiqué bref de la présidence, indiquant que le chef de l’État nommera prochainement un nouveau Premier ministre conformément aux dispositions constitutionnelles. En attendant la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale, les secrétaires généraux des ministères sont chargés d’assurer la gestion des affaires courantes.
Une décision qui surprend la classe politique
La dissolution du gouvernement a pris de court une grande partie de la classe politique malgache. Aucune justification officielle n’a été fournie par la présidence pour expliquer ce remaniement radical. Quelques heures seulement avant l’annonce, plusieurs membres du gouvernement participaient encore à des activités officielles.
Le Premier ministre assistait notamment à une cérémonie organisée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, tandis qu’un conseil de gouvernement était initialement prévu dans la journée avant d’être annulé à la dernière minute. Cette décision intervient alors que le pouvoir de transition faisait déjà face à des critiques croissantes concernant la lenteur des réformes promises.
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Pression croissante des mouvements de jeunesse
Depuis plusieurs jours, les organisations de jeunesse, notamment les mouvements Gen Y et Gen Z, ont multiplié les critiques à l’encontre du gouvernement. Elles accusent certains ministres de ne pas assumer pleinement leurs responsabilités et dénoncent l’inefficacité de l’exécutif face aux attentes de la population.
Ces groupes, qui avaient largement contribué aux mobilisations populaires ayant conduit au changement de pouvoir en 2025, réclamaient ouvertement la démission du Premier ministre et une recomposition de l’équipe gouvernementale. Le week-end dernier, leurs représentants ont réuni plusieurs sympathisants à Antananarivo pour exiger une nouvelle impulsion dans la gestion de la transition.
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Une transition politique sous surveillance
La décision du chef de l’État intervient également dans un contexte de pression internationale. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) demande régulièrement aux autorités malgaches de clarifier leur feuille de route pour un retour à l’ordre constitutionnel.
Fin février, le pouvoir avait justement transmis à l’organisation régionale un calendrier de transition prévoyant une série de réformes institutionnelles ainsi que l’organisation d’une élection présidentielle à l’horizon 2027.
Le colonel Randrianirina, qui a pris le pouvoir à l’issue d’une période de manifestations marquées par des pénuries d’eau et d’électricité et une forte mobilisation de la jeunesse, s’est engagé à conduire une phase de « refondation » destinée à restructurer les institutions du pays.
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L’enjeu du choix du futur Premier ministre
La nomination du prochain chef du gouvernement sera désormais scrutée de près. Dans la tradition politique malgache, un équilibre régional est souvent recherché au sommet de l’État : lorsque le président est issu d’une région côtière, le Premier ministre est généralement choisi parmi les élites des Hauts Plateaux.
Ce futur choix pourrait donc constituer un signal important quant à l’orientation politique de la transition et à la capacité du pouvoir à répondre aux attentes de la société civile et des mouvements qui ont soutenu le changement de régime. Pour l’heure, la dissolution du gouvernement ouvre une nouvelle phase d’incertitude dans un pays toujours engagé dans un délicat processus de recomposition politique.