Au Sénégal, le gouvernement a rappelé une règle qui suscite une vive polémique dans le milieu universitaire. En effet, les enseignants chercheurs sénégalais ne peuvent pas être recrutés dans la fonction publique d’un autre pays. Pour clarifier cette position, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) a publié un communiqué officiel. Cette sortie intervient après des informations évoquant le recrutement d’universitaires sénégalais par des pays de la sous-région, notamment la Guinée. Ainsi, la décision relance le débat sur la mobilité académique, la fuite des compétences et, plus largement, l’attractivité des universités publiques sénégalaises.
Une interdiction encadrée par la loi
Pour justifier sa position, le MESRI s’appuie sur un cadre juridique précis. Le ministère rappelle, à ce titre, que la loi encadre strictement l’exercice des enseignants-chercheurs à l’étranger. Selon les autorités, cette réglementation vise avant tout à protéger le système universitaire national.
Le ministère a notamment cité l’article 11 de la loi n° 81-59 du 9 novembre 1981. Ce texte définit le statut du personnel enseignant des universités. Il interdit clairement à un enseignant-chercheur sénégalais de signer un contrat de travail avec la fonction publique d’un autre État. Toutefois, cette interdiction ne s’applique pas aux mécanismes de coopération dûment ratifiés. D’après le MESRI, cette règle permet de préserver la continuité de l’enseignement supérieur et de limiter les départs non encadrés.
Des vérifications demandées aux universités
Par ailleurs, le ministère a demandé aux recteurs des universités publiques de faire preuve de vigilance. Il les a invités à vérifier toute information liée à un éventuel recrutement à l’étranger. De plus, les autorités insistent sur le respect strict des règles d’administration et de gestion des personnels enseignants. Cette instruction traduit la volonté du gouvernement de mieux encadrer la mobilité des enseignants-chercheurs au Sénégal. Elle intervient, en outre, dans un contexte de concurrence académique régionale de plus en plus marquée.
Mobilité académique et coopération régionale
Cependant, malgré cette interdiction, le MESRI affirme ne pas s’opposer au principe de la mobilité académique. Au contraire, le ministère rappelle que les échanges universitaires existent depuis longtemps dans un cadre légal bien défini. Ainsi, la question ne porte pas sur la mobilité en elle-même, mais sur ses modalités.
Dans son communiqué, le MESRI a tenu à défendre la réputation des universités publiques sénégalaises. Selon lui, elles figurent parmi les plus attractives de la sous-région. Le ministère met en avant la qualité du cadre académique ainsi que le niveau des rémunérations. D’après les autorités, ces salaires comptent parmi les plus élevés de l’espace francophone d’Afrique subsaharienne. Par conséquent, ces atouts devraient limiter le besoin pour les enseignants-chercheurs de chercher des opportunités professionnelles à l’étranger.
Un accord de coopération avec la Guinée
Enfin, le gouvernement a rappelé l’existence d’un cadre de coopération avec la Guinée. Les deux pays ont signé, le 23 mai 2025 à Conakry, un protocole d’accord sur la coopération universitaire et scientifique. Ce texte prévoit la mobilité des enseignants et des étudiants dans un cadre légal et concerté. De plus, les autorités mettront en place un comité de suivi afin de définir les modalités d’application. Cette approche vise donc à concilier ouverture internationale et respect de la législation sénégalaise.
La question de la mobilité des enseignants chercheurs au Sénégal demeure ainsi sensible. Entre protection des ressources humaines, coopération régionale et aspirations individuelles, le débat reste ouvert. Désormais, le principal défi pour les autorités consiste à trouver un équilibre durable entre attractivité nationale et ouverture académique maîtrisée.