Jamais les enlèvements d’étrangers par des groupes jihadistes n’avaient atteint un tel niveau au Mali. Selon l’ONG Acled, qui documente les violences dans les zones de conflit, au moins 22 étrangers ont été kidnappés par le Jnim – groupe affilié à al-Qaïda – entre mai et octobre derniers. Un triste record qui met en lumière l’intensification de la crise sécuritaire, mais aussi l’évolution inquiétante des tactiques jihadistes. Le pays, déjà fragilisé, fait face à une nouvelle phase d’instabilité aux répercussions humaines et économiques majeures.
Une stratégie d’enlèvements à grande échelle
Entre incertitudes, rançons colossales et manœuvres stratégiques, les enlèvements récents témoignent d’une organisation jihadiste plus active que jamais. Les victimes viennent de Chine, d’Inde, d’Égypte, des Émirats arabes unis, d’Iran, de Serbie, de Croatie ou encore de Bosnie. Certaines ont été relâchées, d’autres restent détenues dans des zones reculées. Acled admet ne pas pouvoir fournir de bilan exact des libérations, faute d’informations recoupées, notamment pour les ressortissants chinois et indiens.
La plupart des enlèvements se sont produits autour de sites industriels et miniers situés dans le sud du pays, là où de nombreuses entreprises étrangères opèrent. Car derrière les prises d’otages, il y a l’argent. Les rançons constituent depuis longtemps une source majeure de financement pour les groupes armés. Fin octobre, le Jnim aurait perçu près de 50 millions de dollars en échange de la libération d’un haut gradé émirien et de ses accompagnateurs. Une somme exceptionnelle, qui établit un nouveau record et confirme l’efficacité financière de cette méthode.
Mais pour les spécialistes, cette multiplication des enlèvements n’est pas seulement motivée par l’argent. Heni Nsaibia, chercheur spécialiste du Sahel au sein d’Acled, y voit un instrument de pression économique : « Ils dissuadent les investissements étrangers et freinent la coopération économique avec le régime malien ». Une analyse qui prend tout son sens alors que le Mali traverse une période de pénurie d’essence orchestrée par le Jnim depuis septembre, paralysant une partie des activités du pays.
Un pays en tension permanente
Au-delà des étrangers capturés, plusieurs dizaines de Maliens restent aussi retenus par le Jnim : militaires, agents de l’État ou simples civils. Aucun chiffre officiel n’existe, mais les familles, elles, continuent d’attendre dans l’angoisse. Le gouvernement tente d’afficher une posture rassurante. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, estime que ce « changement de mode opératoire » serait le signe d’un affaiblissement des terroristes. Un message destiné à calmer les inquiétudes, même si sur le terrain, la réalité semble bien plus complexe.
Pendant ce temps, l’État islamique au Sahel, rival du Jnim, poursuit ses propres opérations dans la région. S’il n’a pas enlevé d’étrangers au Mali, il en a capturé 12 au Niger, au Burkina Faso, et un en Algérie ces derniers mois.