Les institutions vacillent, le chef de l’État est hors du territoire, une unité militaire appelle à rejoindre les manifestants, et l’opposition revendique une destitution. À Madagascar, les dernières heures ont profondément brouillé les repères du pouvoir.
Un décret présidentiel signé depuis l’étranger, une scène politique renversée
Depuis l’extérieur du pays, le président Andry Rajoelina a signé un décret actant la dissolution de l’Assemblée nationale. Ce texte s’appuie sur l’article 60 de la Constitution malgache, qui permet à l’exécutif de dissoudre la chambre basse. Cette décision intervient alors qu’un vote de destitution, fondé sur un empêchement temporaire présumé du chef de l’État, était sur le point d’avoir lieu. Les initiateurs de cette procédure parlementaire, issus principalement des bancs de l’opposition, s’étaient réunis dans une atmosphère de tension croissante.
Le chef de l’État, dont le départ du territoire est confirmé par plusieurs sources, aurait quitté Madagascar à bord d’un avion militaire français, sans communication officielle sur les motifs de cette sortie. Ce départ a été interprété par une partie des élus comme une désertion en pleine crise institutionnelle.
Pendant ce temps, à Antananarivo, les manifestations se sont intensifiées. Depuis le 25 septembre, des foules se rassemblent quotidiennement contre le pouvoir en place. Le soutien affiché du Capsat — le Corps autonome pour la sécurité et la protection des institutions — à ce mouvement de contestation marque un tournant. Cette unité d’élite, traditionnellement chargée de la sécurité présidentielle, a déclaré qu’elle ne tirerait pas sur les manifestants et a publiquement appelé d’autres corps militaires à adopter la même posture. Ce geste, rare, a été perçu comme un désaveu direct de l’exécutif.
La dissolution du Parlement implique, conformément à la Constitution, l’organisation de nouvelles élections législatives dans un délai de 60 à 90 jours. Mais dans un climat où les institutions semblent mises à mal, la faisabilité d’un tel calendrier électoral soulève de nombreuses interrogations.
L’armée en embuscade ? Une reprise du pouvoir qui ne dit pas son nom
Dans ce climat de confusion, des signaux de plus en plus visibles laissent entrevoir un rééquilibrage du pouvoir en faveur des militaires. Selon des informations relayées par Le Nouvel Observateur, certains segments de l’armée envisageraient une reprise en main directe de l’exécutif, profitant de l’absence du président et de la vacance de fait du pouvoir. Pour l’instant, aucune déclaration officielle n’a été faite dans ce sens, mais les indices se multiplient : retrait du soutien à Rajoelina, alignement de certaines unités sur les revendications populaires, et discussions internes au sein de l’appareil militaire.
Le rôle du Capsat apparaît comme déterminant. Historiquement proche de la présidence, son basculement a provoqué un effet domino dans d’autres segments des forces de sécurité. L’opposition parlementaire, forte du soutien populaire et militaire, pourrait ainsi tenter de constituer un gouvernement transitoire, bien que cela ne soit prévu par aucun mécanisme constitutionnel en l’état.
Les slogans déployés dans les rues d’Antananarivo traduisent une colère multiforme. Plusieurs banderoles hostiles à la France ont été vues, accusant Paris d’implication tacite dans la crise, notamment en facilitant la sortie du président via un avion militaire français. Ces expressions antifrançaises ne traduisent pas seulement une hostilité diplomatique, mais aussi un rejet de ce qui est perçu comme une ingérence dans les affaires internes du pays. L’état actuel de la scène politique malgache repose ainsi sur un équilibre précaire. À mesure que les heures passent sans prise de parole présidentielle, ni clarification constitutionnelle, le doute persiste : le pouvoir est-il toujours civil, ou déjà militaire ?