Andry Rajoelina : source de tensions inévitables entre Madagascar et Eswatini?

février 8, 2026

Madagascar a vivement réagi à l’accueil officiel réservé à Andry Rajoelina par le Royaume d’Eswatini, un geste perçu comme une provocation diplomatique majeure. Les autorités de la Refondation dénoncent une atteinte grave à la souveraineté nationale, tout en alertant sur les risques pour la stabilité politique et la réconciliation en cours.

Madagascar condamne l’accueil de Rajoelina par l’Eswatini pour atteinte à la souveraineté

Depuis qu’il a été déchu, c’est la première apparition publique de l’ancien président Andry Rajoelina aux côtés d’un dirigeant africain. La présidence de la Refondation à Madagascar estime que cet accueil porte un coup aux principes de justice et à la dignité nationale. Elle considère également qu’il compromet les efforts de paix en cours.

Une condamnation ferme et un discours sans concession

Dans un communiqué publié dans la soirée du samedi 7 février 2026, les autorités malgaches ont condamné de la façon la plus ferme l’accueil réservé à l’ancien président déchu. Elles parlent d’une atteinte grave à la souveraineté de l’État malgache et d’un mépris des principes de justice, de responsabilité et de respect dus à un peuple meurtri.

Le texte décrit également cet épisode comme un « facteur de trouble et de perturbation du processus en cours ». Selon la présidence, ce geste risque d’affaiblir les dynamiques de paix et de fragiliser la confiance régionale. Pourtant, Madagascar multiplie actuellement les initiatives pour rétablir le calme, renforcer la stabilité et favoriser la réconciliation nationale.

Les autorités rappellent que le pays organise une concertation nationale destinée à apaiser les tensions internes. Elles soulignent que ces efforts bénéficient déjà de la reconnaissance de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Dès lors, toute initiative étrangère susceptible de troubler ce processus suscite une inquiétude particulière.

La nationalité de Rajoelina et la question de sa légitimité

La présidence insiste sur un point central : Andry Rajoelina ne possède plus la nationalité malgache, qu’il aurait volontairement perdue. Par conséquent, toute tentative de le présenter comme une figure représentative de Madagascar apparaît « juridiquement infondée et politiquement inacceptable ».

Les autorités dénoncent aussi la légitimation internationale de l’ancien dirigeant. Elles estiment que cette reconnaissance peut créer une confusion diplomatique et raviver des tensions internes. Pour Antananarivo, la souveraineté nationale et la dignité du peuple ne doivent faire l’objet d’aucun compromis.

En outre, la présidence affirme que les considérations protocolaires ne peuvent primer sur les principes de justice. Elle rappelle que Madagascar reste engagé dans la défense de ses intérêts fondamentaux et dans la protection de la mémoire collective.

Recevoir Andry Rajoelina en Eswatini, « gravité particulière » selon Madagascar

La réaction officielle dépasse le cadre diplomatique. Elle s’ancre aussi dans un passé récent marqué par des événements tragiques et des blessures profondes.

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Le poids des événements de 2025 et le sacrifice de la jeunesse

La présidence de la Refondation qualifie la situation de « gravité particulière », en raison des événements de septembre et d’octobre 2025. Ces drames ont coûté la vie à des dizaines de citoyens malgaches, laissant une blessure durable dans la mémoire nationale.

Dans son communiqué, le régime de la Refondation affirme que le gouvernement de Rajoelina reste « indissociable du sang versé et du sacrifice des jeunes malgaches qui l’ont chassé du pouvoir ». Il parle d’une « insulte au sang versé, à la mémoire des victimes, au sacrifice de la jeunesse et à la dignité nationale ».

Ainsi, l’accueil officiel de l’ancien président est perçu comme un affront moral, mais aussi comme une remise en cause des luttes populaires. Les autorités estiment que ce geste ignore la souffrance des familles endeuillées et banalise les sacrifices consentis.

Une réception royale qui ravive les tensions régionales

Vendredi, Andry Rajoelina a été reçu officiellement par le roi Mswati III au palais de Lozitha, en Eswatini. À l’issue de leur rencontre, le souverain a appelé à la « restauration immédiate de l’ordre constitutionnel” à Madagascar.

Cette déclaration a provoqué une vive réaction à Antananarivo. Les autorités y voient une immixtion dans les affaires internes du pays. Elles craignent aussi que cette prise de position alimente les divisions politiques et complique le processus de transition.

Sous la direction du colonel Michael Randrianirina, Madagascar affirme rester fermement engagé dans la défense de sa souveraineté, dans la préservation de la mémoire des victimes et dans la recherche d’une paix durable. Le pays réaffirme que ni la pression diplomatique ni les symboles protocolaires ne peuvent supplanter les principes de justice, de dignité et de respect du peuple malgache.

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morgan dossou africactu auteur

Morgan DOSSOU

Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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