Les États-Unis ont transféré vers le Cameroun des demandeurs d’asile qui ne sont pas originaires de ce pays. L’opération s’est déroulée discrètement, sans annonce officielle d’un accord bilatéral. Selon plusieurs enquêtes, ces personnes avaient fui la guerre ou des persécutions. Certaines bénéficiaient d’ordonnances judiciaires américaines bloquant leur expulsion. Pourtant, elles ont été menottées et embarquées vers Yaoundé. Cette pratique soulève de graves questions juridiques et diplomatiques.
Des expulsions vers un pays tiers malgré des protections judiciaires
Le 14 janvier, au moins neuf demandeurs d’asile ont quitté un centre de détention en Louisiane à destination du Cameroun. Aucun n’était camerounais. Huit d’entre eux disposaient, selon leurs avocats, d’ordres judiciaires interdisant leur renvoi direct vers leurs pays d’origine.
Ces migrants affirment avoir fui des représailles politiques, un refus d’enrôlement militaire ou des persécutions liées à leur orientation sexuelle. Aucun ne présentait d’antécédents criminels violents. Pourtant, les autorités américaines les ont transférés vers un centre géré par l’État camerounais.
Selon des témoignages relayés par la presse américaine, les personnes détenues peuvent quitter les installations uniquement si elles acceptent de retourner dans les pays qu’elles ont fuis. Deux des neuf premiers expulsés auraient déjà accepté ce retour, faute d’alternative viable.
La semaine dernière, un second vol a atterri à Yaoundé avec un nouveau groupe de migrants non camerounais. Des avocats américains et camerounais confirment leur arrivée. Ils n’ont pas encore pu s’entretenir avec eux. La Maison-Blanche a reconnu l’existence de ce second vol, sans fournir de détails supplémentaires.
Un contournement assumé du système d’asile américain
Washington n’a annoncé aucun accord public avec le Cameroun pour accueillir des ressortissants tiers. Le département d’État a refusé de commenter ces transferts. Toutefois, un rapport de supervision sénatoriale a révélé que les États-Unis ont versé 32 millions de dollars à des pays tiers dans le cadre de ce dispositif.
Ce mécanisme, rarement utilisé auparavant, semble s’inscrire dans une stratégie plus large. L’administration du président Donald Trump cherche à accélérer les expulsions et à réduire le nombre de dossiers d’asile en attente. Le recours à des pays tiers permettrait d’éviter un renvoi direct vers des États où les migrants risquent des persécutions, ce que la loi américaine interdit dans de nombreux cas.
Cependant, cette solution soulève une zone grise. Rien ne garantit que les pays tiers respectent pleinement les demandes d’asile ou les droits fondamentaux des personnes transférées. Les migrants se retrouvent dans une situation de détention prolongée, sans statut clair et sans certitude sur leur avenir.
Le nombre mondial de réfugiés dépasse un million chaque année, mais moins de 5 % obtiennent une protection via le système des Nations unies. Dans ce contexte, le transfert vers des pays tiers réduit encore les perspectives.
Une politique migratoire plus offensive et controversée
La gestion musclée de l’immigration constitue un pilier du second mandat de Donald Trump. Les opérations de contrôle et les expulsions massives ont marqué ces derniers mois. Certaines interventions ont suscité des critiques, y compris au sein du camp conservateur, qui juge la méthode trop agressive.
L’utilisation du Cameroun s’ajoute à d’autres destinations discrètes. Des escales en Guinée équatoriale et au Ghana auraient déjà servi pour des retours indirects vers les pays d’origine. Cette stratégie vise à dissuader les candidats à l’asile et à signaler un durcissement assumé.
Pour Yaoundé, l’accueil de ces migrants place le pays dans une position délicate. Le gouvernement camerounais n’a pas détaillé les conditions exactes de détention ni les garanties offertes. Les avocats locaux disent vouloir d’abord gérer le choc psychologique des nouveaux arrivants.
Au-delà du cas camerounais, cette pratique interroge le respect des engagements internationaux des États-Unis. Le recours aux pays tiers redessine la carte des expulsions. Il modifie aussi l’équilibre fragile entre sécurité nationale et protection des réfugiés. La polémique enfle, et elle ne semble pas près de s’éteindre.