TikTok, amour et scandale au Bénin : Barnabé risque 8 ans de prison

mars 13, 2026

Le parquet spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a requis jeudi 12 mars 2026 une peine de huit ans de prison ferme contre le tiktokeur béninois Barnabé Azongnidé. L’influenceur, très suivi sur les réseaux sociaux pour sa relation médiatisée avec la tiktokeuse Laura, est poursuivi pour escroquerie via un système électronique. Le procès, très commenté au Bénin, relance le débat sur la cybercriminalité et sur la riposte judiciaire menée par les autorités. Décryptage.

Une lourde peine requise contre l’influenceur

La comparution de Barnabé Azongnidé devant la CRIET a suscité une forte attention sur les réseaux sociaux. Arrêté en novembre 2025 par la police républicaine dans le cadre d’une enquête pour cybercriminalité, le créateur de contenu est poursuivi pour des faits présumés d’escroquerie via des moyens électroniques.

Lors de l’audience, le parquet spécial a requis une peine de huit ans de prison ferme ainsi qu’une amende de quatre millions de francs CFA. Le ministère public estime que les éléments de l’enquête démontrent l’existence d’activités frauduleuses liées à l’utilisation des réseaux sociaux et d’outils numériques.

À la barre, Barnabé Azongnidé a rejeté toutes les accusations. Il affirme que les données liées à la cybercriminalité retrouvées sur l’un de ses téléphones ne lui appartiennent pas. Selon lui, ces informations proviendraient d’un collaborateur qui l’aidait dans ses activités professionnelles.

L’influenceur explique notamment gérer un restaurant en ligne appelé « Cuisine d’or ». Il assure réaliser environ 200 000 francs CFA de chiffre d’affaires quotidien grâce à des ventes diffusées en direct sur TikTok. Une activité qu’il présente comme la source principale de ses revenus.

L’affaire implique également un coprévenu interpellé au domicile de Barnabé lors de l’opération policière. Les enquêteurs ont découvert sur son téléphone des données liées à des activités de cybercriminalité. Le parquet a requis contre lui une peine de cinq ans de prison ferme et une amende de deux millions de francs CFA.

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Des antécédents judiciaires au cœur du dossier

Le parquet spécial a également rappelé que Barnabé Azongnidé n’en est pas à sa première affaire judiciaire. Le quatrième substitut du procureur a indiqué que le prévenu avait déjà été condamné dans le passé pour des faits similaires.

Barnabé avait purgé trois ans de prison avant de bénéficier d’une libération conditionnelle. Selon le ministère public, cette situation aggrave son dossier actuel. Le parquet a expliqué que la peine requise tient aussi compte du reliquat de la précédente condamnation, estimé à une année de prison.

Les juges ont aussi interrogé le tiktokeur sur son train de vie. L’origine de certains fonds a particulièrement retenu l’attention de la cour, notamment l’achat d’une voiture offerte à sa compagne Laura pour son anniversaire.

Face aux magistrats, Barnabé a maintenu que ses revenus provenaient exclusivement d’activités légales. Le parquet a néanmoins demandé davantage de précisions sur la nature de sa clientèle et sur la réalité des montants qu’il affirme générer grâce à son activité commerciale en ligne.

La défense, représentée notamment par les avocats Me Boris Glèlè et Me Hugo Koukpolou, conteste la sévérité de la peine requise. Selon eux, la sanction demandée par le parquet dépasserait la limite légale prévue pour les faits reprochés, fixée à sept ans de prison. Cet argument pourrait peser lors des prochaines audiences. Le jugement de l’affaire a été renvoyé au 14 mai 2026.

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La lutte contre la cybercriminalité s’intensifie au Bénin

L’affaire Barnabé intervient dans un contexte de répression accrue de la cybercriminalité au Bénin. Les autorités ont considérablement renforcé les dispositifs d’enquête et de poursuite face à un phénomène devenu une préoccupation majeure.

Au cœur de ce dispositif figure le Centre national d’investigation numérique, structure spécialisée chargée de traquer les activités frauduleuses sur internet et sur les réseaux sociaux. Les enquêtes menées par cette unité permettent régulièrement l’arrestation de suspects impliqués dans des escroqueries numériques.

La CRIET joue ensuite un rôle central dans le traitement judiciaire de ces dossiers. Créée pour lutter contre les infractions économiques et le terrorisme, la juridiction spéciale s’est imposée comme l’un des principaux instruments de la politique de répression des crimes financiers et numériques.

Plusieurs créateurs de contenus ont déjà été condamnés dans ce cadre. Le tiktokeur béninois connu sous le pseudonyme Flapacha Premier a ainsi écopé en mars 2026 d’une peine de cinq ans de prison ferme.

Dans cette affaire, les enquêteurs avaient découvert une mise en scène simulant un enlèvement. La vidéo avait été diffusée sur TikTok afin d’inciter les internautes à envoyer de l’argent lors de diffusions en direct. L’exploitation du téléphone du créateur de contenu avait également révélé d’autres activités liées à la cybercriminalité.

Ces dossiers illustrent l’évolution des formes d’escroquerie à l’ère des réseaux sociaux. Les plateformes numériques deviennent parfois des outils utilisés pour manipuler les internautes et générer des profits frauduleux.

Face à cette réalité, les autorités béninoises multiplient les opérations de surveillance et d’interpellation. La stratégie repose sur un triptyque associant enquêtes numériques, arrestations ciblées et sanctions judiciaires dissuasives.

L’affaire Barnabé s’inscrit dans cette dynamique. Elle montre aussi comment les réseaux sociaux, devenus des espaces d’influence et de business pour certains créateurs, peuvent se transformer en terrain d’investigation pour les autorités lorsque des soupçons d’activités illégales apparaissent.

Le verdict attendu en mai prochain sera suivi de près. Il pourrait constituer un nouveau signal envoyé par la justice béninoise dans sa lutte contre la cybercriminalité.

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Enagnon Wilfried ADJOVI

Enagnon Wilfried ADJOVI

Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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