Les autorités américaines ont annoncé le gel des avoirs et des biens de huit ressortissants nigérians accusés d’entretenir des liens avec Boko Haram et l’État islamique en Irak et au Levant, ainsi que pour des activités liées à la cybercriminalité. Cette décision figure dans un document de plus de 3 000 pages publié le 10 février par l’Office of Foreign Assets Control du département du Trésor américain. Cette mesure s’inscrit dans le cadre des programmes de sanctions antiterroristes administrés par Washington.
Une inscription sur la liste des “Specially Designated Nationals”
Les noms des personnes visées apparaissent sur la liste des « Specially Designated Nationals and Blocked Persons », qui recense les individus et entités dont les biens sont bloqués aux États-Unis. Toute transaction impliquant ces personnes est désormais interdite aux ressortissants et entreprises américaines.
Selon l’OFAC, cette publication vise à notifier officiellement le public des mesures prises pour bloquer les intérêts financiers des individus concernés et empêcher toute interaction économique avec eux.
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Des profils liés au financement et à la direction de Boko Haram
Parmi les personnes sanctionnées figure Salih Yusuf Adamu, également connu sous le nom de Salihu Yusuf. Né en 1990, il avait été condamné en 2022 aux Émirats arabes unis pour avoir participé à la mise en place d’une cellule de Boko Haram chargée de collecter des fonds. Les autorités émiraties avaient indiqué que près de 782 000 dollars avaient été transférés de Dubaï vers le Nigeria.
Plusieurs autres noms apparaissent sur la liste, dont Abu Musab Al-Barnawi, identifié comme un dirigeant de Boko Haram, et Khaled Al-Barnawi, né en 1976 à Maiduguri, également lié au groupe. Abu Bakr ibn Muhammad ibn Ali Al-Mainuki est, lui, mentionné pour des liens avec l’État islamique. Ibrahim Ali Alhassan, présenté comme résidant à Abu Dhabi, est aussi désigné pour ses connexions présumées avec Boko Haram.
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Un volet cybercriminalité intégré aux sanctions
Au-delà des accusations liées au terrorisme, le document inclut Nnamdi Orson Benson, inscrit sous le régime de sanctions CYBER2, qui cible les menaces numériques et les activités de cybercriminalité.
Cette inclusion souligne l’élargissement du champ des sanctions américaines, qui ne se limitent plus aux groupes armés mais englobent également les réseaux numériques considérés comme menaçant la sécurité internationale.
Un contexte politique marqué par les tensions sur la liberté religieuse
Ces sanctions interviennent dans un climat diplomatique déjà tendu entre Washington et Abuja. Des membres du Congrès américain avaient récemment recommandé des interdictions de visa et des gels d’avoirs contre des individus et organisations accusés de violations de la liberté religieuse au Nigeria.
En octobre 2025, le président Donald Trump a annoncé l’ajout du Nigeria à la liste des « Countries of Particular Concern » pour des motifs liés à la liberté religieuse. Cette désignation avait déjà été appliquée en 2020 avant d’être levée sous l’administration Biden.
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Une stratégie américaine de pression financière
Les personnes inscrites sur la liste de l’OFAC voient tous leurs biens et intérêts situés sous juridiction américaine bloqués en vertu de l’Executive Order 13224, un décret utilisé pour cibler les réseaux de financement du terrorisme.
Boko Haram, désigné organisation terroriste étrangère par les États-Unis depuis 2013, est responsable de milliers de morts dans le nord et le nord-est du Nigeria ainsi que dans le bassin du lac Tchad.
En renforçant ces sanctions, Washington confirme sa stratégie consistant à utiliser les leviers financiers pour entraver les circuits de financement des groupes armés et des réseaux criminels transnationaux.