Douze ans après le tragique accident du vol Air Algérie AH5017, qui avait coûté la vie à 116 personnes, dont 54 Français, le procès de la compagnie espagnole Swiftair s’ouvre ce lundi 9 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris. La société est jugée pour homicides involontaires par négligence, accusée de ne pas avoir assuré une formation et un entraînement suffisants à l’équipage.
Les circonstances du drame
Le 24 juillet 2014, l’avion affrété par Air Algérie et exploité par Swiftair s’écrase dans le nord du Mali alors qu’il effectuait le vol Ouagadougou-Alger. L’appareil avait décollé du Burkina Faso et traversait une zone intertropicale orageuse.

Selon les investigations, la non-activation du système d’antigivrage a provoqué la formation de cristaux de glace dans les capteurs de pression, entraînant une décélération automatique des moteurs. L’équipage n’a pas réagi de manière appropriée, conduisant au décrochage fatal de l’avion.
Parmi les victimes, trois Normands ont péri : un père et son fils de 18 ans de Rouen, ainsi qu’une jeune femme originaire de Caen. Le drame avait profondément touché leurs communautés, suscitant marches blanches et commémorations locales.
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La ténacité des familles
Les familles de victimes, soutenues par l’association AH 5017-Ensemble, ont mené un combat de longue haleine pour obtenir la tenue du procès en France, malgré les tentatives répétées de Swiftair pour le faire reporter ou transférer. La compagnie avait notamment saisi la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour contester la procédure française, invoquant un non-lieu provisoire prononcé en Espagne et le principe du non bis in idem.

En novembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris a rejeté les demandes de suspension, permettant l’ouverture du procès pour une durée de quatre semaines. L’avocate de Swiftair, Me Rachel Lindon, a exprimé son regret face à la décision de la CJUE qui a déclaré irrecevables les questions préjudicielles transmises par la défense.
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Les enjeux du procès
Le procès vise à déterminer la responsabilité de Swiftair dans l’accident. Les juges d’instruction français avaient relevé divers manquements de la compagnie, notamment une formation lacunaire de l’équipage, qui n’a pas permis aux pilotes de réagir correctement face aux conditions de vol et à l’apparition du décrochage.
De son côté, Swiftair fait valoir que l’accident résulte d’une combinaison de facteurs extérieurs, incluant des lacunes du manuel de vol concernant le givrage par cristaux de glace et des insuffisances relevées chez Boeing et l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA).
Le verdict est attendu le 2 avril 2026, mettant fin à douze années de bataille judiciaire et offrant aux familles un moment crucial pour obtenir des réponses sur les causes du drame.