La flambée des prix du pétrole, alimentée par la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, redessine les équilibres économiques en Afrique. Selon une analyse de Bloomberg Economics, seuls quelques pays d’Afrique subsaharienne pourraient tirer profit d’un baril autour de 85 dollars. À l’inverse, la majorité des économies du continent risquent de subir une hausse de l’inflation, des pressions monétaires et un alourdissement de leurs déficits extérieurs. Les détails.
Trois pays africains profitent de la hausse du pétrole
Si le pétrole se maintient autour de 85 dollars le baril, trois économies africaines devraient améliorer leur balance courante. Il s’agit de l’Angola, du Nigeria et du Ghana.
Dans ces pays producteurs d’hydrocarbures, la hausse des cours devrait augmenter les revenus issus des exportations de brut. Selon l’économiste Yvonne Mhango, les recettes pétrolières pourraient renforcer les comptes extérieurs et soutenir les finances publiques.
L’Angola pourrait être l’un des principaux bénéficiaires. L’amélioration de sa balance courante pourrait atteindre plus de 3 % du produit intérieur brut si les prix restent élevés. Au Nigeria, les gains proviendraient à la fois des exportations de pétrole brut et de produits raffinés.
L’ouverture de la gigantesque raffinerie du milliardaire Aliko Dangote pourrait également jouer un rôle important. Avec une capacité de production d’environ 650 000 barils par jour, l’installation pourrait augmenter les exportations de carburants vers l’Europe si les conditions de marché deviennent favorables.

A lire également : Crise Iran–USA–Israël : pourquoi Ormuz et Suez menacent l’économie africaine
Inflation et pression monétaire pour la majorité des pays
Pour la plupart des économies africaines, la hausse du pétrole représente plutôt une menace. Les pays importateurs d’énergie sont particulièrement exposés à l’augmentation des coûts du carburant et des transports.
Selon Bloomberg Economics, cette situation pourrait entraîner une dépréciation des monnaies locales et relancer les pressions inflationnistes. Les banques centrales pourraient alors être contraintes d’envisager de nouvelles hausses des taux d’intérêt pour contenir la hausse des prix.
L’inflation apparaît comme le principal risque économique pour ces pays. La hausse des coûts énergétiques se répercute généralement sur l’ensemble de l’économie, notamment sur les prix des produits alimentaires et du transport.
A lire également : Guerre en Iran : des ressortissants marocains coincés aux Émirats, en Arabie saoudite et au Koweït
L’Afrique du Sud et la RDC parmi les plus vulnérables
Parmi les pays susceptibles de subir les effets les plus négatifs figurent la République démocratique du Congo, l’Afrique du Sud et le Kenya.
L’Afrique du Sud, première économie industrielle du continent, pourrait voir sa balance courante se détériorer d’environ 1 % de son produit intérieur brut. La hausse des prix du carburant devrait également peser sur les ménages et sur les coûts de production.
Le pays pourrait par ailleurs faire face à des tensions sur l’approvisionnement énergétique. Une réduction des exportations de carburant par des fournisseurs clés comme l’Inde ou le Oman pourrait accentuer les difficultés.

A lire également : Le Ghana saisit l’ONU après une attaque de missile contre ses Casques bleus au Liban
Une opportunité fragile pour les producteurs africains
Même pour les pays producteurs de pétrole, l’embellie reste incertaine. À Angola, le gouvernement salue l’augmentation des prix tout en appelant à la prudence.
Le ministre chargé de la coordination économique, José de Lima Massano, souligne que la hausse actuelle pourrait n’être que temporaire. Les cours du Brent ont dépassé les 86 dollars le baril, bien au-dessus des 61 dollars retenus comme référence dans le budget angolais.
Cette situation offre un répit budgétaire mais elle comporte aussi un revers. Des prix élevés du pétrole peuvent accroître les coûts d’importation et renforcer la volatilité économique. Pour les pays africains, la crise énergétique mondiale rappelle ainsi la fragilité d’économies encore fortement dépendantes des matières premières.
