Le Sénégal suspend les extraditions vers la France faute de réciprocité

décembre 13, 2025

Le Sénégal durcit sa position face à la France sur le terrain judiciaire. Dakar décide de suspendre les extraditions vers Paris, dénonçant un manque de réciprocité dans le traitement de ses propres demandes. Cette décision intervient dans un climat de crispation diplomatique, alors que plusieurs dossiers restent bloqués côté français, malgré les démarches répétées des autorités sénégalaises.

Le Sénégal impose un principe de réciprocité judiciaire

La ministre sénégalaise de la Justice, Yassine Fall, annonce cette suspension lors de l’examen du budget de son département à l’Assemblée nationale. Elle pointe un déséquilibre persistant dans la coopération judiciaire. Selon elle, deux ressortissants sénégalais se trouvent toujours en France, alors que Dakar réclame leur extradition depuis longtemps.

« Nous avons deux Sénégalais en France que ce pays n’a pas renvoyés. Le Sénégal a donné toutes les justifications et continue de demander leur extradition », affirme la ministre devant les députés. Dans le même temps, elle précise que la France formule actuellement douze demandes d’extradition à l’endroit du Sénégal.

Par conséquent, Dakar choisit une ligne ferme. « Si ces personnes sont coupables de crime, nous les arrêtons. Nous ne les laissons pas libres, mais nous ne les renvoyons pas à la France tant que la réciprocité n’est pas respectée », insiste Yassine Fall. Cette déclaration marque un tournant dans la gestion des relations judiciaires entre les deux pays.

Des désaccords persistants sur le traitement des demandes d’extradition

Parmi les affaires concernées figure celle de Madiambal Diagne, patron de presse sénégalais. La France a reporté son extradition à février, une décision qui alimente l’agacement des autorités sénégalaises. En parallèle, deux autres dossiers restent en attente, sans réponse jugée satisfaisante par Dakar.

Pourtant, les deux États disposent d’un cadre juridique clair. Une convention d’extradition a été signée à Paris le 7 septembre 2021. La France a validé ce texte le 2 juin 2023. Cet accord encadre la coopération pénale et fixe les procédures applicables entre Dakar et Paris.

Cependant, selon la ministre sénégalaise, l’application de cette convention pose problème. Le Sénégal estime respecter ses engagements, alors que la France tarde à répondre favorablement aux demandes formulées par Dakar. Ce déséquilibre alimente une frustration croissante au sommet de l’État.

Désormais, la suspension des extraditions constitue un moyen de pression assumé. Dakar entend obtenir un traitement équitable et rétablir une coopération fondée sur la confiance et la réciprocité. Les prochaines semaines diront si cette fermeté pousse Paris à revoir sa position.

morgan dossou africactu auteur

Morgan DOSSOU

Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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