Au Bénin, les ambitions touristiques se heurtent à une insécurité persistante dans le Nord. La région de la Pendjari, autrefois moteur du tourisme animalier, subit un net recul de fréquentation. Cette situation fragilise une stratégie nationale qui mise sur le secteur pour soutenir la croissance. Voici les enjeux d’un pari désormais sous pression.
La Pendjari désertée face à la montée de l’insécurité
Dans le nord du Bénin, la dynamique touristique marque un coup d’arrêt. À Tanguiéta, principale porte d’entrée du parc de la Pendjari, les visiteurs se font rares. Les hôtels et infrastructures autrefois animés connaissent une baisse d’activité significative. Selon les habitants, la situation sécuritaire explique ce recul brutal. Les attaques jihadistes dans la zone ont renforcé le climat d’inquiétude. Début mars 2026, une attaque a coûté la vie à 15 soldats béninois, accentuant les tensions.
Le complexe W-Arly-Pendjari, partagé avec le Niger et le Burkina Faso, reste particulièrement exposé. Ces espaces naturels servent parfois de zones de repli pour des groupes armés. Cette réalité freine fortement l’arrivée des touristes internationaux. Les témoignages locaux confirment l’ampleur de la chute. Germain Nambima évoque une activité touristique presque inexistante. Les sites emblématiques comme la cascade de Tanougou ou les lodges de Dassari ne reçoivent presque plus de visiteurs.
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Une offre touristique amputée et des pertes économiques
Le Nord devait constituer un pilier central de la stratégie touristique du Bénin. Le tourisme animalier, avec ses safaris et ses réserves naturelles, représentait un atout majeur. Aujourd’hui, cette composante essentielle est quasiment à l’arrêt. Les chancelleries internationales ont classé la zone en rouge, limitant fortement les déplacements. Cette décision affecte directement l’attractivité du pays. L’agence Bénin Tourisme doit désormais adapter son offre sans ce segment clé.
Selon son directeur général, Sindé Chékété, l’absence de cette offre constitue un manque important. Il estime que la compétitivité du Bénin serait renforcée si ces sites étaient accessibles. Le potentiel du tourisme animalier reste intact mais inexploité. Cette situation impacte aussi l’économie locale. Les activités liées au tourisme, comme l’hôtellerie et les services, subissent un ralentissement. Les revenus générés par les visiteurs ont fortement diminué dans la région.
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Le Sud comme alternative stratégique pour maintenir l’attractivité
Face à ces difficultés, les autorités béninoises réorientent leur stratégie. Elles misent davantage sur le tourisme culturel et mémoriel dans le Sud. Cette zone reste perçue comme stable et accessible. Le gouvernement cherche à préserver l’image du pays à l’international. L’objectif consiste à montrer que certaines régions restent sûres pour les visiteurs. Cette communication vise à rassurer les professionnels du secteur.
Selon les responsables du tourisme, les tours-opérateurs continuent de proposer des circuits au Bénin. Ils distinguent les zones à risque des destinations sécurisées. Cette approche permet de maintenir une certaine activité touristique. Toutefois, cette stratégie présente des limites. L’offre actuelle, bien que diversifiée, ne remplace pas totalement l’attrait du Nord. Le potentiel du pays reste partiellement exploité.
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Un double défi entre sécurité et repositionnement international
Le Bénin fait face à un enjeu majeur pour l’avenir de son tourisme. La sécurisation du Nord apparaît comme une priorité absolue. Sans amélioration durable, la relance du secteur restera difficile. Les autorités affirment que des efforts sont en cours pour stabiliser la zone. L’objectif consiste à permettre un retour progressif des visiteurs. Cette perspective dépend fortement de l’évolution de la situation sécuritaire.
Parallèlement, le pays doit renforcer sa communication internationale. Il s’agit de valoriser ses atouts tout en rassurant les investisseurs et les touristes. Cette démarche est essentielle pour préserver la confiance. Le tourisme représente un levier économique important pour le Bénin. Son développement dépend désormais d’un équilibre entre sécurité et attractivité. La réussite de cette stratégie conditionnera le positionnement du pays sur la scène touristique africaine.