Bénin : 73 % de la dette publique détenue par des créanciers étrangers

octobre 31, 2025

Le Bénin demeure largement dépendant des financements extérieurs pour soutenir ses projets de développement. Selon le dernier Rapport d’Analyse de Viabilité de la Dette publique (AVD 2025) publié par la Caisse Autonome de Gestion de la Dette (CAGD), près de 73 % de la dette publique nationale est détenue par des créanciers étrangers. À fin décembre 2024, cette dette extérieure représente 38,8 % du PIB, soit environ 5 054 milliards de FCFA, contre une dette intérieure estimée à 14,6 % du PIB. Ce déséquilibre illustre la forte orientation du pays vers les emprunts internationaux, jugés plus favorables pour financer les grands chantiers du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG).

Une dépendance assumée mais stratégique

La prépondérance de la dette extérieure découle de la stratégie financière du Bénin, qui mise sur les ressources concessionnelles et les marchés internationaux pour stimuler la croissance et moderniser les infrastructures. Selon la CAGD, les institutions multilatérales — notamment la Banque mondiale, le FMI, la Banque africaine de développement (BAD) et la BOAD — détiennent plus de 53 % des créances extérieures. À cela s’ajoutent les eurobonds (27,3 %) et les prêts commerciaux internationaux, qui complètent la structure de financement.

Cette dépendance n’est pas sans risques, mais elle traduit aussi une gestion prudente de la dette. En 2025, le gouvernement béninois a entrepris plusieurs opérations innovantes pour maîtriser son exposition. Parmi elles, l’émission d’un eurobond de 500 millions de dollars US, converti en 486 millions d’euros pour réduire les risques liés au change, et la signature d’un prêt commercial de 500 millions d’euros, partiellement garanti par la Banque mondiale et l’ATIDI. Ces initiatives ont permis au Trésor public de racheter par anticipation une euro-obligation 2032, réduisant ainsi de 45 % le principal restant dû et générant plus de 20 millions d’euros d’économies nettes.

En outre, la structure monétaire de la dette extérieure, majoritairement libellée en euros (73 %), contre 15 % en dollars américains, limite la vulnérabilité du pays aux fluctuations du dollar. Cependant, la CAGD souligne que toute dépréciation du franc CFA pourrait accroître temporairement la charge du service de la dette, évaluée à 16,9 % des recettes budgétaires en 2027 selon les projections.

Vers une réorientation progressive vers la dette intérieure

Conscient des risques liés à une dépendance excessive vis-à-vis des bailleurs étrangers, l’État béninois s’est fixé pour objectif d’accroître la part de la dette domestique dans les années à venir. Le rapport prévoit une hausse de la proportion des financements intérieurs de 8 % en 2025 à 45 % en 2029, puis à 70 % à l’horizon 2039. Cette réorientation vise à réduire la vulnérabilité externe, stimuler le marché financier régional et renforcer la résilience macroéconomique du pays.

Toutefois, cette ambition exige un approfondissement du marché local des titres publics et une mobilisation accrue des recettes fiscales pour soutenir la capacité d’autofinancement du budget national. Cela suppose également un renforcement de la confiance des investisseurs institutionnels béninois et régionaux, afin que le marché domestique puisse absorber un volume croissant d’émissions obligataires.

Malgré cette dépendance persistante, la CAGD juge la dette publique du Bénin viable, avec un risque de surendettement modéré. Le pays continue d’afficher une gestion rigoureuse et transparente, qui lui a valu une amélioration de sa notation financière auprès des agences internationales. Néanmoins, le rapport met en garde contre les risques exogènes susceptibles d’affecter la trajectoire de la dette : hausse des taux d’intérêt internationaux, baisse de la demande de titres africains sur les marchés mondiaux, ou encore volatilité du taux de change.

Pour le gouvernement, le défi est désormais clair : maintenir une croissance soutenue tout en réduisant la vulnérabilité externe. Les efforts entrepris pour diversifier les sources de financement, renforcer la gestion budgétaire et consolider la stabilité monétaire s’inscrivent dans une logique de développement durable. Le Bénin entend ainsi préserver son équilibre macroéconomique, tout en poursuivant ses ambitions d’investissement dans les infrastructures et les secteurs prioritaires.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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