À compter du 1er mai 2026, la Chine appliquera des droits de douane nuls à l’ensemble des pays africains, à l’exception de l’Eswatini. L’annonce, relayée par les médias d’État chinois, a été faite directement par le président Xi Jinping. Cette décision s’inscrit dans une stratégie de renforcement durable des relations économiques entre Pékin et le continent africain, dans un contexte de recomposition des échanges internationaux.
Une extension à l’ensemble des partenaires diplomatiques africains
Déjà premier partenaire commercial de l’Afrique, la Chine élargit un dispositif qui concernait jusqu’ici 33 pays africains à l’ensemble de ses 53 partenaires diplomatiques sur le continent. Seul l’Eswatini demeure exclu, en raison de ses relations diplomatiques avec Taïwan, territoire que Pékin revendique depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949.
Cette annonce intervient dans un contexte de convergence économique croissante entre la Chine et l’Afrique, mise en lumière lors du dernier Forum de coopération Chine-Afrique organisé à Pékin en septembre 2024. Elle coïncide également avec le sommet annuel de l’Union africaine, actuellement en cours à Addis-Abeba. Xi Jinping a affirmé que cette mesure « ouvrira de nouvelles perspectives pour le développement de l’Afrique », alors que les flux commerciaux mondiaux connaissent de profondes mutations.
Un impact économique discuté
Si la suppression des droits de douane représente un signal politique fort, ses effets économiques concrets font débat. Philippe Aguignier, professeur à l’Inalco, estime que le principal bénéficiaire de la mesure pourrait être la Chine elle-même. Selon lui, les exportations africaines de biens manufacturés vers la Chine demeurent limitées, ce qui restreint l’effet direct de la suppression tarifaire sur la structure des échanges.
En revanche, les importateurs chinois pourraient tirer parti d’un accès à des matières premières africaines à moindre coût. Cette dynamique favoriserait les entreprises chinoises et, indirectement, les consommateurs domestiques. L’asymétrie structurelle des échanges, largement dominés par les exportations africaines de ressources naturelles et les importations de produits manufacturés chinois, resterait donc intacte.
Une décision au croisement des enjeux géopolitiques
La suppression des droits de douane s’inscrit également dans un environnement géopolitique tendu. L’année précédente, Donald Trump avait décidé d’augmenter les droits de douane sur plusieurs partenaires commerciaux, incitant divers pays africains à diversifier leurs alliances économiques.
Au-delà d’un geste commercial, la décision chinoise reflète une stratégie d’influence structurée. En consolidant son accès privilégié au marché africain et en renforçant ses liens institutionnels avec les États du continent, Pékin cherche à affirmer sa position centrale dans les équilibres économiques mondiaux. Cette initiative confirme la place stratégique de l’Afrique dans la compétition internationale pour les ressources, les débouchés commerciaux et l’influence politique.